Autisme : Le chant de la solitude

Une prise en charge loin d’être efficiente

Selon le ministère de la Santé, il existe environ 80.000 personnes atteintes d’autisme en Algérie, soit une prévalence d’un cas pour 150 habitants. Ces chiffres qui remontent à 2019 pourraient être revus à la hausse selon plusieurs spécialistes qui ne cessent de tirer la sonnette d’alarme quant à la propagation de cette pathologie en nette évolution depuis quelques années.

Des appels sont lancés en direction des parents pour plus de vigilance. Il s’agit d’assurer à l’enfant une prise en charge mentale et psychomotrice, et ce, dès l’apparition des premiers symptômes. Un diagnostic précoce est à même de contribuer à une meilleure intégration de cette catégorie dans la société, voire dans la vie active. L’autisme est un trouble neuro-développemental qui se manifeste par, notamment, des difficultés à acquérir l’usage de la parole générant souvent des problèmes de communication et d’interaction sociale. Aborder ce dossier nécessite, aujourd’hui, une coordination entre les différents secteurs, sachant que nombreux sont les parents qui se plaignent des difficultés à déterminer quelles sont les autorités compétentes devant répondre à leurs préoccupations. Ce qui a affecté négativement la qualité des soins alloués à leurs enfants. Pour mettre fin à cette situation, le président de la République avait chargé le gouvernement de mettre en place les mécanismes appropriés afin d’assurer aux enfants à besoins spécifiques une prise en charge adéquate. Il est question d’élaborer une stratégie nationale globale basée sur des enquêtes épidémiologiques efficientes et méthodologiques.

5% des dépistés dans des centres spécialisés

Dans ce cadre, le ministre de l’Education avait récemment élaboré un plan d’action à même de soutenir l’intégration de cette frange dans le système éducatif ordinaire, et ce, en dépit des divergences qui peuvent surgir dans les méthodes de prise en charge et des services à fournir pour chaque enfant autiste. Mohammed Ouadjaout a, également, promis en collaboration avec le secteur de la solidarité d’ouvrir des sections spéciales dans les établissements publics pour les personnes atteintes de trouble léger. Le département de l’éducation avait préparé un rapport sur les besoins sociaux, éducatifs et médicaux de cette catégorie, ainsi que les perspectives de sa prise en charge dans le cadre d’une politique nationale élaborée par toutes les parties concernées. Selon la Fédération nationale de l’autisme, la création de nouvelles structures d’accueil pour ces enfants s’avère nécessaire devant la situation sociale de certains d’entre eux, notamment, à l’intérieur du pays. L’organisation réclame, également, l’ouverture d’un centre pédagogique pour former des enseignants spécialisés dans ce domaine. Il faut savoir qu’il n’existe que six centres spécialisés, accueillant au total 4.000 enfants, soit à peine 5% des cas dépistés sur tout le territoire national. Les premières victimes de cette situation sont les parents aux faibles revenus qui n’ont pas les ressources nécessaires pour payer les frais des centres privés. Un vide qui a été comblé dans certaines régions du pays par des associations qui se proposent d’accompagner les parents pour mieux comprendre l’autisme, mieux gérer le quotidien de leur enfant et assurer les outils éducatifs favorisant leur apprentissage. Le mouvement associatif a, ainsi, largement contribué à mettre de la lumière sur cette catégorie qui a longtemps souffert en silence. La situation pourrait, toutefois, connaître un bond qualitatif, notamment, après l’amendement de certains textes réglementaires devant régir le trouble de l’autisme. Le gouvernement a, d’ailleurs, décidé de créer un Centre national de référence de l’autisme en partenariat avec des experts étrangers qui ont une expérience avérée dans ce domaine. Outre la création d’une École nationale supérieur pour la formation d’enseignants spécialisés, le gouvernement compte élaborer un plan de communication national parallèlement à la consécration d’une journée nationale dédiée à la sensibilisation aux troubles de l’autisme et à l’encouragement de la recherche scientifique dans ce domaine. Assia Boucetta