Hygiène alimentaire : Les sirènes de la malbouffe

Avec peu de choses, mères et grands-mères gavaient leur progéniture qui d’un couscous à l’orge, qui d’une galette aux fines herbes ou légumes tout droits cueillis du potage d’à côté aux vertus incalculables. Ce fut le temps où la nourriture, bien que maigre, donnait de la santé et le bien-être. On mangeait peu, mais bon et en plus on était heureux, la santé éclatante. Aujourd’hui, le pays a changé et les habitudes avec. La malbouffe s’est installée dans le temps, charriant chaque jour son lot de tourments à tous les niveaux. Ce n’est pas un secret : l’Algérien mange mal, très mal au point où il est parfois question de vie ou de mort.

L’alimentation est le reflet de traditions sociales et culturelles de l’individu et de la société. Au-delà d’un simple besoin biologique, elle constitue une source d’énergie incommensurable. C’est pourquoi un déséquilibre énergétique peut être à l’origine de plusieurs maladies chroniques. Une situation à laquelle semble ne pas échapper lLa population algérienne qui a vu sa culture culinaire et alimentaire changer au fil des années avec l’entrée en force de nouvelles temporalités individuelles et collectives.
L’assaut de la restauration rapide conjugué à une tendance croissante pour l’industrie agro-alimentaire a largement contribué à l’apparition d’un nouveau mode de consommation. Alors que la population était habituée à des repas sains, à des heures précises et à des quantités bien limitées, la disponibilité des produits, la commodité des préparations, ainsi que l’augmentation des revenus a incité les consommateurs à se tourner vers de nouvelles habitudes alimentaires. Les fast-foods sont, dans ce contexte, devenus pendant les heures du déjeuner des lieux de prédilection pour notamment la population active qui se bouscule pour arracher un sandwich chawerma, frites omelette, une pizza, un hamburger… Autant de plats riches en calories vides et extrêmement saturés en gras qui ont pris le dessus sur la gastronomie locale mise à l’écart depuis déjà quelques années.  Ce changement culinaire est de plus en plus visible dans le choix des aliments, les méthodes de leur préparation et les habitudes qui y sont associées. Le recours à des aliments riches en graisse saturée et en sucre tels que les sodas, les chips, les conserves, la margarine, les biscuits…fait que des milliers de consommateurs sont privés de fibres alimentaires nécessaires à la santé et que l’on trouve essentiellement dans les fruits et légumes. Ces facteurs ont largement contribué à faire propager la mauvaise alimentation au milieu des jeunes pour devenir une réelle menace pour la santé publique.   «Ce type de consommation inadapté et à risque est devenu le premier responsable de la vulnérabilité des jeunes de plus en plus prédisposés à l’obésité, au diabète, à l’hypertension artérielle et d’autres maladies non transmissibles», selon le président du Syndicat national des médecins généralistes de santé publique.
Sources de maux
Pour le Dr Saleh Laouar, une mauvaise alimentation est à la base de toutes les maladies métaboliques dont les complications sont désastreuses sur les personnes concernées. Sur le terrain, il affirme avoir constaté «une éclosion de diabète, de l’hypertension, de l’hypoglycémie, du cholestérol, des maladies cardio-vasculaires et d’autres affections liées à l’obésité», précisant que «le surpoids demeure un facteur de risque majeur pour souffrir de maladies cardio-vasculaires et de diabète de type 2». Selon le Dr Laouar, l’Algérien mange mal et est peu soucieux des considérations nutritionnelles pour tous les groupes d’aliments (fruits, légumes, laitage, protéines animales et végétales). « Ce qui ne manque de déstabiliser son régime alimentaire méditerranéen pour être remplacé par des repas gras et sucrés sans aucun apports nutritionnel», note-t-il. A cela il faudrait ajouter, dit-il, le manque d’activité physique à même de permettre de dépenser toutes les calories ingurgitées quotidiennement. «La forte urbanisation, l’utilisation de la voiture et une alimentation peu équilibrée sont également des facteurs de risque pour succomber à une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral. Idem pour l’obésité infantile, considérée comme le mal de ce siècle, qui peut être à l’origine de certains décès prématurés», a-t-il ajouté. Il explique qu’une bonne nutrition bannit le spectre des maladies et renforce le système immunitaire. « Les personnes ayant bénéficié d’une alimentation équilibrée sont plus disposées à réussir dans leurs études et sont plus productives dans la vie active d’où l’intérêt d’une politique de sensibilisation pour modérer ce régime alimentaire périlleux».
Assia Boucetta