Manger pour vivre ou vivre pour manger ?

Le monde fait face à une crise sanitaire mondiale presque silencieuse, l’obésité, notamment parmi les jeunes.

En cause première, un mode de vie et une alimentation qui dérèglent totalement le corps, le forçant à stocker son surplus d’énergie sous forme de graisse. La planète est en surpoids, c’est sûr, en dépit des inégalités flagrantes entre pays riches et pauvres. L’Algérien d’aujourd’hui est certainement mieux nourri que ses prédécesseurs. Sa ration alimentaire, ayant plus que doublé en un demi-siècle, est jugée suffisante par les experts. Mais s’alimente-t-il pour autant correctement ? Pas vraiment si l’on s’en tient aux statistiques des différentes maladies qui l’affectent, y compris l’obésité qui, avec d’autres caractéristiques du mode de consommation des pays industriels, émerge de plus en plus dans le paysage national des pathologies.
Demandez à toutes les ménagères et elles vous diront que le couscous, c’est au mieux une fois par semaine, en général le week-end, alors que deux générations plus tôt, c’était quasiment le plat quotidien, surtout dans les campagnes. Le blé était l’aliment de base des Algériens, et si l’on consomme aujourd’hui encore beaucoup de cette céréale, c’est essentiellement sous forme de farine, c’est-à-dire du blé tendre, pour la fabrication de pain, pizza, gâteaux et autres viennoiseries. Dans ce régime aussi, les huiles et le sucre font de plus office de succédané à la viande et aux fruits frais, largement hors de portée des bourses moyennes pour être consommés en quantité.
Le mode de vie urbain qui se généralise dans tout le pays, font que les Algériens confient de plus en plus leur nourriture à des professionnels de la préparation alimentaires, même quand les conditions d’hygiène ou de contrôle sanitaire font défaut. Chacun a au moins en mémoire un fait d’intoxication alimentaire collective dans son entourage. La malbouffe est partout, y compris chez soi, où les enfants préfèrent, au déjeuner classique, un sachet de chips ou un morceau de pizza pour aller vite camper devant leurs tablettes. Face à cette déviance et ses effets néfastes se développe toutefois une réaction salutaire qui se manifeste, d’une part, dans une recherche de produits bio par les consommateurs et, d’autre part, par un retour d’estime pour les plats traditionnels. Les jeunes générations sont à un carrefour. Elles ont le choix de suivre le chemin des anciens, une alimentation louée pour ces vertus par les nutritionnistes, ou de foncer tête baissée dans le banquet artificiel que leur font miroiter à coup de pub les industriels et les marques de fast-food, au détriment de leur santé, cela s’entend. En attendant, les Algériens devraient déjà s’interroger sur la qualité hygiénique de ce qu’on leur propose chaque jour d’ingérer. Cela serait déjà un progrès.
Ouali Mouterfi