Amar Rekhila, politologue : «Le futur Premier ministre sera un technocrate»

Le politologue et historien Amar Rekhila s’attend à ce que le futur Premier ministre soit un technocrate.

 

Que pensez-vous des consultations menées par le président de la République autour de la formation du prochain gouvernement ?
D’habitude, c’est le Premier ministre qui est désigné pour cette mission. Les politiques discutent leur part dans la formation du nouveau gouvernement Pour moi, il n’y aura pas un partage des postes en fonction du nombre de sièges au sein de l’Assemblée populaire nationale(APN). Nous sommes dans un régime présidentiel qui donne au chef de l’Etat les pleins pouvoirs.
Quelle sera la composition du prochain Exécutif ?
Ce sera un gouvernement mosaïque avec des indépendants, des technocrates  et des représentants des partis. Il se pourrait aussi que des partis de l’opposition qui n’ont pas participé au scrutin législatif en soient représentés. Le Président, à mon avis, fera œuvre utile en leur octroyant des portefeuilles ministériels. Il même capable de nommer des animateurs du hirak.
Y compris pour les partis n’ayant pas obtenu de sièges dans la future APN ?
Oui, c’est une possibilité de voir un Djllali Sofiane devenir ministre car il s’agit  d’une prérogative du Président qui reste souverain dans ses prises de décision.
De leur côté, les partis peuvent-ils exiger du Président des portefeuilles ministériels ?
Le Président peut, en effet, attribuer des ministères aux partis. Mais je ne pense pas qu’ils peuvent avoir une quelconque exigence. Cela va être des partis qui vont soutenir et appuyer le programme du Président. Je me rappelle qu’à chaque fois que des membres de la direction du Mouvement de la société pour la paix (MSP)intègrent le gouvernement, ils quittent le parti. Le Président a les pleins pouvoirs et n’a de comptes à rendre à personne.
Quels sont les portefeuilles ministériels auxquels ne peuvent pas prétendre les partis ?
Il y a des ministères qui, selon moi, ne leur seront pas attribués. Il en est ainsi des ministères des Energies et des Mines, des Finances, de la Justice, des Affaires étrangères et de l’Intérieur et des Collectivités locales. Il s’agit de postes clés qui relèvent de la souveraineté nationale.
Le Président peut-il nommer un Premier ministre partisan ?
Non, je ne le pense pas. Nous ne sommes pas dans un régime parlementaire. Ça sera, à mon avis, un Premier ministre technocrate, un cadre de la nation qui a une expérience suffisante.
Le groupe parlementaire des indépendants est la seconde force politique dans le pays. Quelle présence aura-t-il au sein du gouvernement ?
Oui, bien sûr, ils peuvent avoir un nombre respectable de portefeuilles. Le Président peut même donner une majorité de postes aux indépendants.
Le FLN est sorti majoritaire avec 98 sièges. Il peut prétendre à combien de portefeuilles ministériels ?
Le FLN a de tout temps été un parti dans le giron du pouvoir. Il acceptera assurément sa part. Il ne peut pas refuser ce que lui donnera le Président.
Pourquoi ne peut-il pas refuser ?
Parce qu’il y a eu des précédents et une tradition en la matière. Rappelez-vous qu’avant le FLN avait pratiquement la majorité à lui seul et que le Premier ministre a de tout temps été du Rassemblement national démocratique et les directions du FLN n’avaient jamais contesté et n’avaient jamais trouvé à redire.
A combien peuvent s’élever les postes qui seront attribués au RND et au MSP ?
Il peut leur attribuer quelques-uns, mais l’essentiel pour ces formations est d’être parmi les soutiens du Président qui ont une place à l’Assemblée nationale et qui participeront en force lors des prochaines élections locales. Et même si le chef de l’Etat ne donne aucun portefeuille ministériel à ces partis, ils demeureront ses soutiens. Et ce sera véritablement visible et perceptible lors de leurs prochaines sorties médiatiques durant lesquelles ils ne parleront aucunement de leurs programmes politiques, mais évoqueront plutôt le programme et les orientations du président de la République.
Propos recueillis par Fatma Zohra Hakem