Le devoir de solidarité

 

L’Afrique victorieuse du colonialisme et de l’apartheid est vivement interpellée par la question du Sahara occidental en fondement de ses valeurs, de ses principes constitutifs et de son histoire. Ce message de fidélité aux traditions de solidarité et de lutte commune contre la barbarie coloniale, délivré par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de son intervention en visioconférence à la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, montre clairement la relation charnelle qui existe entre le destin de la nouvelle Afrique et le devoir de décolonisation obstrué par l’occupation illégale par le Maroc et renié par l’ancienne administration américaine qui reste la seule au monde à reconnaître la prétendue souveraineté marocaine, réfutée notamment par la Cour internationale de justice et la Cour de justice de l’Union européenne. Il s’agit tout simplement de la vocation unitaire et du devenir de l’Union africaine gravement remis en cause par l’agression subie par un Etat membre fondateur et la violation des principes inhérents au respect des frontières, de la souveraineté nationale et du droit à l’autodétermination. Face à la situation d’une gravité exceptionnelle, induite par le casus belli d’El Guerguerat et la répression féroce qui s’est abattue sur les populations dans les territoires occupés, des «mesures concrètes et efficaces» ont été réclamées par le chef de l’Etat pour favoriser une solution durable et juste à un conflit qui n’a que trop duré. Cette approche a été confortée par la décision de l’UA de la réactivation du rôle de la Commission de haut niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, chargée d’ouvrir un consulat à El Ayoune, pour suivre de près l’évolution de la situation dans les territoires occupés. La question de l’ouverture des consulats a été confiée au conseiller juridique de l’UA. Mais, dans le prolongement du désaveu infligé lors du 34e Sommet de l’UA, réaffirmant la souveraineté pleine et entière de la RASD et le rejet de la manœuvre marocaine de transfert des projets en direction de l’Afrique de l’Ouest, la débâcle du Makhzen se poursuit. Car l’Afrique, en partenaire incontournable du processus de décolonisation, entend absolument réagir pour faire face, comme le soulignera le président de la RASD, Brahim Ghali, à l’absence de «prise de position ferme» de nature à encourager le Maroc affairé avec la flagrante complicité des puissances occidentales, à vider de sa substance le processus de décolonisation. Il est temps de «rendre justice» à un peuple déçu de la totale inertie des instances régionales et internationales.
Horizons