Elections législatives : Ce que prévoient les experts

De l’indépendance à ce jour, le seul rendez-vous électoral qui a répercuté la réalité du pays est bel et bien le référendum de la révision de la Constitution du 1er Novembre 2020.

«Le taux de participation, de 23%, ne peut être remis en cause ni par les pouvoirs publics ni par l’opposition. Les Algériens ont véritablement été peu nombreux à se rendre dans les bureaux de vote et, dans leur majorité, c’étaient des personnes âgées pour qui l’acte de vote est un devoir patriotique», rappelle l’expert en droit constitutionnel Amar Rekhila.

S’agissant des élections législatives anticipées dont la date a été fixée pour le 12 juin prochain, il souligne  qu’en dépit de la bonne volonté exprimée par le Président de la République pour imprégner ce scrutin de transparence, la réalité du terrain est tout autre. «La Constitution et le code électoral, précédents et actuels, sont presque parfaits. Tous les aspects et les mécanismes ont été réglementés et définis pour l’organisation d’un scrutin propre», s’empresse-t-il d’ajouter.

Dans ce sillage, le politologue Rachid Grim est également de l’avis que les textes de loi ne changent en rien la réalité politique dans notre pays. «La culture de la fraude et des quotas s’est érigée en mode de scrutin en Algérie depuis 1962. Il n’est pas aisé de mettre en place des mécanismes et surtout les appliquer quand les deux machines électoralistes que sont le FLN et le RND sont de la partie. Les deux formations, décriées depuis le début du hirak, ont fait le dos rond le temps que l’orage passe», souligne-t-il, estimant qu’une bonne partie des adhérents et associations affidées aux deux partis s’est réfugiée dans le nouveau rassemblement de la société civile Nidaa El Watan. De ce fait, Grim souligne que dans la prochaine APN, il n’est pas exclu de «reproduire la même configuration». Un scénario envisagé également par Rekhila. «Le FLN et le RND sont présents sur tout le territoire et structurés de manière à s’assurer des victoires électorales futures. L’argent sale sera également utilisé et s’introduira dans le jeu politique tant que ces deux formations ne sont pas écartées ou affaiblies. Faisant de l’ombre sans doute à tous les partis, anciens ou récemment agréés, ce sont des machines électoralistes qui maîtrisent l’art de mobiliser les masses dans les moindres recoins du pays, même là où aucune formation n’a de militants ou sympathisants», précise-t-il.

Profiter des nouvelles dispositions du code électoral

Un pronostic que ne partage pas l’enseignant universitaire Ali Rebidji. Et pour cause, «la mobilisation des jeunes, des universitaires et des partis qui ne sont pas dans la combine avec le FLN et le RND, peut leur barrer la route à l’APN», prévoit-il.

«La nouvelle loi organique relative aux élections peut être une opportunité pour une reconfiguration de la scène politique, et partant de la composante de la prochaine Assemblée nationale. Il est évident que le FLN et le RND sont des appareils puissants qui mobilisent pour gagner les élections. Toutefois, les différents acteurs politiques sont appelés à saisir l’occasion qu’offre les articles de loi du code électoral pour se présenter et établir des listes sur tout le territoire national», souligne-t-il.

Dans le même contexte, il estime que le taux de participation au prochain scrutin sera d’environ 40%. «Les objectifs des législatives diffèrent complètement du référendum sur la Constitution. Les enjeux sont très importants notamment le financement des partis à travers les indemnités des députés. De ce fait, les partis ne seront pas dans l’inertie et feront campagne pour avoir une belle brochette d’élus», soutient Rebidji.

De son côté, le politologue Idris Attia note que des facilitations sont accordées dans le nouveau code électoral. «Il suffit de collecter une centaine de voix pour se présenter et s’inscrire dans des listes ouvertes. Aussi, les électeurs sont tenus de participer massivement pour justement mettre un frein aux anciens partis et à leurs perpétuels représentants depuis plus de 25 ans», soutient Attia, qui a prévu un changement dans la composante de la chambre basse y compris parmi son ancienne majorité, qui cristallise «la colère populaire».

In fine, le prochain vote est pour Ali Rebidji la voie vers  le changement. «Il est certes impossible de changer les acteurs politiques et les pratiques héritées depuis l’indépendance en trois mois, mais dans tout processus, un premier pas est à franchir pour avancer», conclut-il.

Karima Dehiles