Samir Bouakouir : « Ceux qui s’en prennent à l’ANP n’ont pas pour objectif la construction d’institutions démocratiques »

Le conseiller du Premier secrétaire du Front des Forces Socialistes (FFS), Samir Bouakouir, a estimé qu’il était « politiquement insensé d’imaginer un profond changement démocratique sans l’accompagnement de l’institution militaire ».

Dans un entretien à « Sputnik », l’ancien secrétaire général du FFS a indiqué qu »il est politiquement insensé d’imaginer un profond changement démocratique sans l’accompagnement de l’institution militaire ». Pour lui, « ceux qui s’en prennent aujourd’hui à l’armée n’ont pas pour objectif la construction d’institutions démocratiques, mais ils veulent nous ramener aux années 1990 et plonger à nouveau le pays dans la violence sanguinaire ».

Il a fait observer que « le peuple algérien, dont les aspirations à la liberté, à l’égalité et au respect inconditionnel des droits collectifs et individuels sont légitimes, exige un changement politique radical, mais (…) progressif et graduel qui préserve la paix civile et ne met pas en cause l’intégrité et la souveraineté nationales ».

Evoquant le Hirak, M. Bouakouir relève que « depuis le début de l’année, nous n’assistons pas à un retour du Hirak tel que nous l’avions connu en février 2019 – ce formidable mouvement démocratique et social qui a sauvé l’Etat de l’effondrement et ouvert la voie à des réformes politiques démocratiques radicales- mais à quelque chose de nouveau, d’inquiétant et même de dangereux pour la stabilité et la cohésion nationale ». Pour lui, les mots d’ordre « Djeich Chaâb Khawa Khawa » ou « Non à l’ingérence étrangère » ont laissé place à des slogans « grossiers, provocateurs et guerriers, visant ouvertement le cœur de l’Etat: l’institution militaire, comme celui +Etat civil et non militaire+ ». Il a assuré que  « le « Hirak » actuel ou le « néo-Hirak », n’en déplaise à Michelle Bachelet, (Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme), visiblement désinformée, est devenu un instrument aux mains d’islamistes radicaux (anciens du Front islamique du salut (FIS-dissous) et le mouvement Rachad dont l’une des figures de proue est l’ex-diplomate algérien réfugié à Londres, Mohamed Larbi Zitout, et de courants ethnicistes, autonomistes et séparatistes ».

Une dérive réactionnaire

Le dirigeant du FFS a relevé que « nous sommes bel et bien dans une dérive réactionnaire et « contre-révolutionnaire », affirmant que « la collusion de ces derniers avec certains cercles maffieux et oligarchiques compradores, accrochés aux vieux privilèges généreusement distribués sous l’ancien régime Bouteflika, qui agissent sournoisement au sein des appareils de l’Etat algérien pour parasiter toute initiative de dialogue et d’ouverture politique, n’est plus un mystère pour personne ».

Le responsable du FFS pointe ainsi la jonction avec « les leaders autoproclamés du Hirak, pour la plupart issus de classes moyennes et supérieures urbanisées et totalement coupés du pays profond et qui développent une conception formelle et abstraite de la démocratie dépouillée de tout contenu social dynamique ».

Il a dénoncé, dans ce sillage « une sorte de deal tacite -une conjuration des extrêmes- pour détruire l’Etat national et imposer, pour les uns, le projet de restauration du califat islamique, pour les autres, la sécession de la Kabylie. Des objectifs antagoniques, mais une même cible: le projet national souverainiste et l’unité du pays ».