Répression des «pyromanes» : Les juristes pour des peines extrêmes

La volonté du chef de l’Etat de porter la condamnation des auteurs d’incendies de forêts jusqu’à 30 ans de prison ferme est largement saluée dans la corporatiste des juristes. Ces derniers insistent  à ce qu’elle soit appliquée avec la rigueur la plus absolue. Il y va, selon eux, de «l’intérêt global des richesses nationales».

L’avocat Nadjib Bitam explique, à cet effet, que le législateur algérien a abordé ce genre de crime dans l’article 396 du code pénal qui stipule que toute personne attisant un feu d’une façon volontaire est passible d’une peine allant de dix à vingt ans de prison. L’article 405 bis évoque, quant à lui, l’incendie involontaire dont les responsables écopent d’une peine qui varie entre six mois à trois ans. Notre interlocuteur estime que la décision du Conseil des ministres concerne justement le premier article relatif aux incendies suscités d’une façon préméditée que ce soit pour un but criminel ou pour se procurer du charbon. «Le Conseil des ministres confirme bel et bien que les dispositions actuelles ne sont pas assez répressives. Il a donc songé à des sanctions spécifiques. D’où la décision de prolonger la peine jusqu’à trente ans. C’est la première fois dans l’histoire de la législation algérienne qu’une peine a atteint ce seuil aussi élevé. Jusque-là la prison limitative peut aller jusqu’à vingt ans seulement, pas plus et ce, au-delà des peines de mort et des incarcérations à perpétuité. Cette disposition existe dans le système anglo-saxon», relève l’avocat, précisant que cette décision est expliquée par les dégâts incommensurables humains, économiques et environnementaux enregistrées ces dernières années en termes d’incendies de forêts. Il rappelle, d’ailleurs, le décès du pompier lors de l’incendie déclenché à Blida. Quand la question concerne la perte de vie humaine, il s’agit de crime. Ce qui implique, d’après l’avocat, même «une peine de mort». Bitam déclare que la sentence du Conseil des ministres tombe à point nommé si ce n’est pas un peu en retard. Il souligne que la majorité des incendies sont «prémédités», conformément aux affaires soumises à la justice à ce titre.
Une négligence coupable
Le professeur en droit constitutionnel Moussa Boudhane décortique la question, lui aussi, en affirmant que le traitement de ce «mal» accuse un retard. Soulignant que les peines n’ont pas été assez répressives jusqu’à maintenant. Il qualifie le texte en vigueur «de non efficace». Boudhane plaide pour la révision des textes réglementaires régissant ce phénomène jusqu’au point «de la peine de mort». Il relève que les agents des forêts n’ont pas les moyens nécessaires pour affronter cette nouvelle menace. «La loi sur la gestion des forêts est désuète. Elle date de 1984. 6000 agents de forêts ne suffisent point pour contenir tous ces immenses hectares de surfaces forestières. Un incendie porte atteinte à la faune et à la flore. Le reboisement d’une zone incendiée n’est possible qu’après cinq ans. Un détail que beaucoup ignorent», souligne le juriste qui appelle à une prise de conscience afin de protéger au mieux nos espaces verts.
L’avocate Fatma Benbraham explique, quant à elle, que quand l’action est volontaire, le pyromane est considéré comme un criminel. Il est donc passible du tribunal criminel et une peine de plus de cinq ans lui est infligée. Elle pense que la loi existe mais d’autres facteurs interviennent aussi dans la prolifération de ces incendies ravageurs. De nombreux individus vont dans les forêts pour boire,  abandonnant derrière eux  les bouteilles. « Le verre est connu comme un attiseur de chaleur », explique-t-elle, relevant tque la négligence y est pour beaucoup.
Karima Alloun