Chats et chiens errants : Peur dans les cités

Dans certaines cités, les citoyens ont du mal à quitter leurs domiciles tôt le matin de peur de croiser ces chiens errants qui arpentent les quartiers en meutes. Des bêtes, parfois enragées, qui représentent une sérieuse menace sur la sécurité et la santé publique.

Dans d’autres lieux, ce sont les chats qui seraient en cause. Dans certains quartiers de la capitale, leur nombre aurait doublé et les associations et entreprises de capture des animaux, dépassés, ne passent plus. Les citoyens se mobilisent.
Le phénomène des chats et chiens errants n’est pas méconnu des Algériens, toutefois, il semble avoir pris des proportions inquiétantes pour la population qui se voit, dans certains cas, dans l’obligation de prendre les devants pour le bien de la communauté. Selon Mohamed Amine, résidant dans le quartier de Belouizdad, les chats emplissent les rues. Affamés, ils n’hésitent pas à déchirer les sachets poubelles et disperser les ordures. Nous avons fait état à l’APC qui devait les capturer. Mais il y en a trop selon un responsable et il serait impossible de tous les prendre en charge», dit-il. Selon lui, les riverains ont laissé faire pour un certain temps, mais le phénomène est devenu insupportable. «Avec les voisins, nous avons pris de grands bidons et cages et nous avons capturé au moins une centaine. Nous les avons relâchés à la périphérie d’Alger», a-t-il indiqué. Si Abdelkader, un sexagénaire habitant le même quartier dira : «Il n’y a jamais eu autant de chats dans le quartier». «La fourrière canine passait fréquemment pour capturer les animaux errants. Cela fait un certain temps qu’elle ne passe plus et le nombre d’animaux a doublé, rendant la vie difficile aux riverains», a-t-il fait savoir. Selon lui, plusieurs études mondiales ont prouvé que les chats transmettaient la Covid-19. «Il faudrait redoubler d’efforts pour limiter leur nombre dans un souci de santé publique», a-t-il ajouté. Si Abdelkader raconte que le «galoufa» remonte à l’époque coloniale où sévissait la rage à Alger. Selon lui, «Garufa» était un capteur de chiens, algérien d’origine espagnole vivant dans les années 1840. «Alger à l’époque était dévastée par la rage transmise par morsure de chiens et de chats. Garufa entrait alors en scène armé de son long fouet-lasso et tirant une charrette à bras portant», a-t-il raconté. Le personnage, poursuit notre interlocuteur, aurait inspiré chansons et littérature donnant lieu au nom populaire Galufa. «Longtemps caricaturé et devenu célèbre par cet usage, cet employé de la municipalité ne manqua naturellement pas de donner succession à toute une grappe de confrères habiles et assidus», dira Si Abdelkader. Selon lui, cette pratique servait à préserver l’équilibre écologique. «Les gens du quartier n’ont pas voulu exterminer les chats. Nous en avons laissé quelques uns pour éviter une invasion de rats. Les autres ont été relâchés ailleurs», a-t-il expliqué, assurant que les fourrières canines n’en voulaient pas. À Birtouta, les chiens errants sont la hantise des enfants et habitants des environs. Selon Amine Mekhloufi, résidant dans la cité Sidi M’hamed, les chiens errants s’approchent beaucoup plus des lieux d’habitation depuis le début du confinement. «Les rues sont désertes plus tôt que d’habitude. Les chiens batards, qui habituellement rôdaient dans les champs, s’approchent des cités et n’hésitent pas à sortir les crocs face aux passants», a-t-il assuré. Selon lui, l’APC a été sollicité à plusieurs reprises pour la capture de ces chiens errants. «Il n’y a pas eu de réponse. Les mêmes chiens reviennent à la tombée de la nuit et ne quittent pas les lieux jusqu’à tard dans la matinée. Les enfants ont peur de sortir jouer et même d’aller à l’école», poursuit Mekhloufi. Selon lui, des jeunes de la cité les chassent à coup de pierre pour leur faire peur et pour qu’ils ne reviennent plus. «La solution est de les capturer et de les mettre en fourrière. C’est devenu un calvaire pour nous», a-t-il espéré.
Selon la vétérinaire Nassima Saïfi, travaillant étroitement avec l’Association BCHE de protection des animaux, les citoyens ne doivent pas agir seuls. «Il faut saisir l’établissement public de l’hygiène urbaine et la protection de l’environnement de la wilaya d’Alger via le numéro vert. Il est joignable 24jh24 et 7j/7 . Une équipe spécialisée sera dépêchée sur place et pourra prendre en charge l’animal errant», a-t-elle expliqué. Pour la vétérinaire, le rôle principale de la fourrière canine est la lutte contre les zoonoses, en particulier la rage et ce, par des visites vétérinaires quotidiennes, la mise en observation des animaux suspects de rage et la vaccination antirabique des animaux domestiques capturés.
Walid Souahi