Les coopératives théâtrales entre rêves et entraves

La première rencontre du 14e Festival national du théâtre professionnel (FNTP) qui s’est tenue, samedi dernier, à l’espace M’hamed-Benguettaf du TNA), a réuni un panel d’hommes et femmes de théâtre. Le débat a porté sur les difficultés rencontrées par les coopératives théâtrales en Algérie et leur importance dans l’essor du 4e art.
Le premier exemple évoqué a été celui de «la coopérative du 1erMai» d’Oran, créée en 1980 par Abdelkader Alloula. L’un de ses membres fondateurs, Azri Lghaouti a rappelé toutes les entraves, notamment administratives, rencontrées lors de sa création. Il citera entre autres la difficulté d’établir un acte notarié attestant de l’existence officielle de la coopérative. L’ex-directeur du théâtre régional d’Oran a surtout déploré le fait que la législation n’ait pas évolué et que les difficultés restent les mêmes. Il s’interroge sur la volonté de la tutelle à entraver l’existence des coopératives. «Les statuts ont été établis par Alloula mais à ce jour ils n’ont pas été adoptés par le ministère», a-t-il poursuivi. «Pire, a-t-il conclu, la difficulté majeure au développement des coopératives et à l’activité théâtrale indépendante des institutions publiques reste cette législation dépassée».
Omar Fetmouche, président de la coopérative Sindjab de Bordj Menaiel, a également raconté son long parcours du combattant. Selon lui, Sindjab est née du traumatisme de jeunes qui ont débuté en 1976 leurs activités dans un petit local de l’Union générale des jeunes Algériens (UNJA). «Le parti à cette époque exerçait des pressions sur le mouvement théâtral et moi-même j’ai été empêché à plusieurs reprises de participer aux répétitions de la troupe que je dirigeais», a-t-il ajouté. «Nous avons attendu le début des années 1980 et l’ouverture d’une maison de jeunes pour quitter le local de l’UNJA. Mais le cadre organisationnel de la maison de jeunes n’était pas approprie à l’intensité de notre activité théâtrale», a-t-il renchéri. Sindjab a bénéficié d’un local mais l’avènement du FIS a tout fait capoter. En 1993 naîtra la coopérative Sindjab destinée en priorité au théâtre pour enfants. «Avec le statut de coopérative, nous avons participé à des projets internationaux, mais en Algérie pour monter un projet au niveau d’une maison de la culture on nous a exigé le certificat d’existence de la coopérative», a-t-il un tantinet ironisé. «La bureaucratie en Algérie frappe pour réduire le champ d’action des artistes», a-t-il assené. Fetmouche ne cache pas son amertume car le ministère ne reconnaît toujours pas les coopératives et ne leur octroie aucune aide financière contrairement aux associations.
D’autres expériencesc omme celles des coopératives «Al Belliri» de Constantine, «Lam Alif» de Sidi Bel Abbès ont été abordées. Les intervenants s’accordent à dire que les coopératives sont en mesure de gérer des théâtres, comme partout dans le monde. Elles sont capables de redynamiser le 4e art, de venir en aide aux institutions publiques et d’apporter un plus à l’activité théâtrale par le caractère de proximité. Les coopératives peuvent être aussi des micro-entreprises dotées d’un cahier des charges et d’un registre du commerce. Enfin, les participants au débat ont plaidé pour l’instauration d’un dialogue avec le ministère de la Culture et la révision des statuts des coopératives.

Hakim Metref