Ismaïl Debèche : «La solution au Mali passe par l’Algérie»

L’Algérie est l’issue principale pour la gestion du dossier malien. Elle veut la paix et la réconciliation au Mali, non pour des intérêts précis, mais pour la stabilité de la région entière. C’est ce qu’affirme dans cet entretien Ismaïl Debèche, professeur en sciences politiques et relations internationales.

Entretien réalisé par Karima Alloun
Le président malien est à Alger pour une visite qui s’annonce importante. Quel serait l’impact de cette rencontre sur le dossier malien ?
Il faut rappeler que l’Algérie entretient des relations étroites avec le Mali depuis la guerre de la Révolution. Le Mali s’est séparé de la Fédération sénégalaise à cause de son soutien au colonisateur français à l’époque. Il a toujours été du côté de l’Algérie sans oublier les relations de proximité et les 1.400 km de frontières qui lient les deux Etats. L’instabilité vécue également par le Mali en raison de sa crise politique s’est répercutée négativement sur l’Algérie. Je pense que cette visite devra renforcer la coopération entre l’Algérie et le Mali surtout que l’actuel président malien a été porté par un mouvement populaire puissant et que l’Algérie reconnaît parfaitement. Le président malien trouvera en Algérie le soutien politique et sécuritaire, sachant que l’Algérie préside la commission de réconciliation malienne depuis 2015. Sans omettre qu’il est convaincu que la solution à la crise malienne passe par l’Algérie. Les deux chefs d’Etats s’accordent sur le point relatif à l’impératif de faire sortir toute puissance étrangère des terres maliennes. Il est impossible de lutter contre le terrorisme et anéantir les milices en présence de ces forces étrangères. Cela dit, l’Algérie et le Mali adopte une même approche, que ce soit sur le plan sécuritaire ou économique. Il faut souligner que l’Algérie envisage d’ouvrir des zones de libre-échanges avec de nombreux Etats africains et plus particulièrement avec le Mali et le Niger. Ces relations économiques sont appelées donc à s’intensifier, notamment avec l’Algérie qui s’est dotée de la route Transsaharienne ouverte sur le Sahel. Ce qui est de nature à consolider les liens et les exportations commerciales. Toutes ces questions seront abordées assurément lors de cette visite qui s’annonce cruciale à plus d’un titre.
L’Algérie est-elle actuellement en position de force pour peser sur le dossier malien ?
La situation au Mali est loin d’être facile. Il faut retenir qu’il vit au rythme des milices qui continuent de sévir et des forces militaires étrangères qui font tout pour empêcher le rétablissement de la situation politique. La France ne veut pas se retirer aisément. Bien au contraire, elle veut impliquer les armées territoriales dans la lutte antiterroriste. Seulement elle est dans une mauvaise posture, car les peuples des pays du Sahel manifestent presque quotidiennement pour démasquer ses visées malsaines et colonialistes dans la région. Les gouvernements n’ont d’autre choix que de  s’orienter en effet vers les solutions politiques.
Quelles sont les voies à suivre pour que l’Algérie puisse contribuer positivement à l’aboutissement du processus de réconciliation au Mali ? 
Les milices continuent de mener des violences dans la région. La France continue aussi de pratiquer la politique qui consiste à payer des rançons pour les preneurs d’otages . Ce qui encourage le terrorisme au Mali et même en Algérie. Sans la maîtrise de ces menaces, le processus de réconciliation sera difficile à concrétiser. L’Algérie détient beaucoup de cartes et de détail pour pouvoir gérer la situation. Je pense que lors de cette rencontre entre les présidents malien et algérien, il sera beaucoup plus question de confirmer l’importance de faire aboutir l’accord de la paix et de la réconciliation, de consolider la coopération économique entre les deux Etats, de raffermir les liens entre le Nord malien et le gouvernement en place. Les deux chefs de l’Etat appelleront aussi l’opinion internationale à soutenir les initiatives algéro-maliennes.  Sans la paix, aucun développement n’est possible. L’Algérie assumera un rôle crucial pour tenter d’éloigner les forces hostiles du nord du Mali. Elle a pour but d’intégrer les milices dans l’armée malienne afin que les terroristes ne justifient pas leurs actions par l’instabilité qui règne au Mali. L’Algérie veut que la solution politique soit soutenue par la solution économique. Elle n’a aucun intérêt autre que celui de préserver l’union nationale malienne. La solution sécuritaire prônée par la France ne sert pas cette ambition. L’Algérie est l’issue principale pour gérer le dossier malien. Elle a les moyens requis pour imposer la voix de la paix et de la réconciliation. Les Maliens ne supportent plus la présence française qui veut impliquer des forces régionales dans sa cause colonialiste. L’Afrique a changé et veut sa part de développement. D’où l’importance d’opter pour le choix politique afin de libérer le peuple malien de cette phase transitoire.
K.A