Mode de consommation : Cap sur le made in DZ

L’Algérien devrait-il revoir son mode de consommation ? Plus d’un s’accordent à dire que la consommation devient de plus en plus insoutenable compte tenu du comportement du consommateur, d’un côté, mais aussi et surtout de la situation économique et financière du pays.

Si on ne se limite qu’à l’alimentation des Algériens, sa structure globale est basée essentiellement sur les produits importés tels le lait et les céréales. Selon les experts, 80% des produits consommés sont issus de l’importation. Avec l’épuisement des réserves de change du pays, qui oscillent aujourd’hui entre 42 et 43 milliards de dollars, selon les derniers chiffres annoncés par le président de la République lors de son entretien avec les représentants des médias, au début du mois de mars dernier, les pouvoirs publics ont mis une batterie de mesures de restriction en vue de limiter les importations. L’Algérien devra s’adapter à cette situation et réorienter son mode de consommation vers des produits fabriqués localement en vue de contribuer à la baisse de la facture de l’importation. Encore faut-il que la production locale soit au rendez-vous et avec les qualités souhaitées.
L’Algérien mange peu de légumes
Avec cette relation cyclique entre la consommation et la production, l’effort devra être conjugué entre pouvoirs publics, consommateurs et producteurs. Selon l’expert en économie, Mohamed Achir, l’Algérien mange peu de légumes. Alors que le secteur de l’agriculture connaît des courbes de croissance de production importantes et génère de la valeur ajoutée. Selon cet expert, il va falloir tirer profit de cette abondance en produits agricoles en l’intégrant beaucoup plus dans nos plats. C’est là encore où le rôle régalien de l’Etat s’avère impératif dans le cadre de la régulation du marché et la lutte contre les pratiques spéculatives. Une cohérence entre l’indice des prix et les seuils de production devra être installée. Dans la mesure où il y a une abondance, pour quelle raison cette tendance haussière des prix persévère ? La règle économique relative à l’offre et la demande ne trouve plus son sens. Avec l’approche du mois de Ramadhan, le marché s’enflamme de nouveau. Une pratique devenue une tradition lors de ce mois sacré censé être le mois de clémence et non pas de spéculation. Les prix des produits de première nécessité ; tels huile et le sucre ont déjà connu une augmentation. Le ministère du Commerce lance un grand chantier pour la moralisation de l’activité commerciale pour éradiquer les comportements négatifs constatés à grande échelle. L’expert spécialiste dans le commerce Brahim Guendouzi estime que «le manque d’organisation dans les circuits de distribution et l’intervention d’une multitude d’intermédiaires disposant de moyens financiers certes, mais manquant d’aptitudes à exercer les actes de vente et d’achat, font que la fonction d’offre sur le marché soit complètement biaisée. Il faut ajouter à cela l’absence ou la faiblesse de structures organisées capables de rendre la distribution des produits auprès des consommateurs la plus transparente possible afin de donner au prix sa véritable signification».
60% des Algériens consacrent 60% de leurs revenus à l’alimentation
Cette moralisation de l’acte de commercialisation est-elle suffisante pour préserver le marché des spéculateurs et, par ricocher, les Algériens, notamment à faible bourse ? Selon l’expert en affaires sociales, Noureddine Bouderba, 60% des Algériens consacrent 60% de leur revenu monétaire à l’alimentation. Ce n’est pas parce qu’ils sont gourmands mais cela est dû au fait de l’inflation. La cherté de la vie n’a pas, pour autant, empêché certains consommateurs de gaspiller. Le phénomène prend de l’ampleur. Dans le domaine de l’énergie, certains économistes soutiennent que l’Algérie est un pays énergivore. Du coup, ils estiment qu’il est nécessaire de revoir le système de subvention et de cibler les personnes nécessiteuses. C’est dans cette optique que les pouvoirs publics lancent le chantier de la révision de la loi relative à l’électricité. Le principe du consom-acteur doit être ancré dans les mœurs pour une consommation responsable, rationnelle et soutenable.
Wassila Ould Hamouda