Karim Younès, Médiateur de la République, à Horizons :«Il y a une exigence profonde de justice et de transparence»

«Il y a une  exigence profonde de justice et  de transparence»

Dans cet entretien, le médiateur de la République, Karim Younès, évoque les missions dévolues à son institution avec l’ambition d’améliorer le service public à travers la concrétisation des principes de la bonne gouvernance et la lutte contre les disparités et les injustices à l’encontre des administrés. Il se veut prospectif et proactif, appelant à un front uni pour faire face aux défis à venir.

Entretien réalisé par Fatma-Zohra Hakem
Quel est le rôle de l’institution que vous présidez et quel est son domaine d’intervention ?
Dès son élection, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, soucieux d’améliorer le quotidien des Algériens, a décidé de mettre en place une institution indépendante, placée auprès du président de la République, ayant pour mission d’accompagner et de faciliter toute mesure permettant d’assurer les pleins droits aux citoyens algériens. Le décret présidentiel 45-20 fixe le rôle et les tâches de cet organe qui est d’accompagner le citoyen dans ses démarches d’obtention de ses droits administratifs, juridiques et civiques. Les domaines d’intervention sont, à ce titre, larges et touchent à tous les secteurs qui sont concernés par la gestion de la société. Le Président a appelé à la nécessité d’améliorer le service public à travers la concrétisation des principes de bonne gouvernance et de lutte contre les disparités et les injustices à l’encontre des administrés qui s’émeuvent, à juste raison, des dérives récurrentes de la bureaucratie et de l’impunité des bureaucrates. Il est utile de rappeler que l’instance de médiation est destinée à recevoir, dans le cadre fixé par des dispositions légales et réglementaires, toute réclamation relative au fonctionnement des instances administratives de l’Etat, des collectivités locales et de tout organisme investi des missions de service public. Afin d’accomplir ses missions, le médiateur de la République s’appuie sur les délégués de wilaya qui travailleront en étroite collaboration avec les élus du peuple afin de recenser les besoins réels des citoyens au niveau local et de veiller à l’équité territoriale. De nos jours, le contexte est favorable à la médiation-institution au regard de l’éveil démocratique et de l’exigence profonde de justice et de transparence.

 

Vous avez récemment considéré que votre mission prépondérante est de lutter contre la bureaucratie. De quelle manière ?
La bureaucratie a gangréné l’administration algérienne. Elle constitue à la fois l’une des raisons de l’agressivité qui caractérise le comportement des citoyens et la source principale de la corruption qui est devenue un véritable fléau social. L’Algérien est quotidiennement confronté à des difficultés pour récupérer son argent, se faire délivrer un document d’état civil, obtenir un rendez-vous de consultation et/ou d’exploration médicale… Lutter contre la bureaucratie doit être le souci de tout responsable à tous les niveaux, mais également des médias qui doivent dénoncer toute entrave à l’exercice d’un droit. Les bureaucrates mal intentionnés doivent être dénoncés et sanctionnés pour ne pas présenter une image négative de l’administration algérienne, au sein de laquelle il reste tout de même des personnes honnêtes et dévouées. Il faut également alléger au mieux les procédures administratives afin de réduire la pression psychologique sur les Algériens. Des efforts ont déjà été faits dans certains domaines, mais restent insuffisants pour rétablir la sérénité entre l’administration et les administrés.

Comment peut-on combattre la hogra dans notre pays ?
La hogra se manifeste par l’injustice et l’entrave à l’obtention d’un droit. Par conséquent, la lutte contre ce déni passe par l’application d’une justice qui n’obéit qu’à la loi et le respect du citoyen dans l’exercice de ses droits, tous ses droits.

Quels sont les mécanismes de prise en charge des doléances des citoyens par votre institution ?
L’institution de médiation est composée d’une direction centrale et de délégués au niveau de l’ensemble des wilayas du pays. Les doléances des citoyens sont reçues à tous les niveaux, sans excès de protocole, car les Algériens ne maîtrisent pas tous les mécanismes hiérarchiques de traitement des dossiers. Il nous arrive ainsi de recevoir au niveau central des personnes qui viennent de l’intérieur du pays, sans exiger d’elles de passer par la délégation concernée, même si le dossier de requête doit par la suite revenir au niveau local pour traitement. Mes collaborateurs et moi-même faisons en sorte que la prise en charge des doléances soit immédiate, par le contact du secteur concerné. A ce titre, il faut rendre hommage aux responsables parfois au niveau du ministre lui-même qui répondent rapidement à ces doléances et trouvent solution aux problèmes soulevés, alors que d’autres manifestent beaucoup plus de lenteur. L’exemple des premières montre que lorsqu’il y a volonté, la majorité des problèmes trouve rapidement solution et le citoyen reprend confiance.

Justement, quelles sont vos ambitions en matière d’amélioration de la vie de nos concitoyens ?
Les activités que nous avons menées dans le cadre de la mission de médiation nous ont permis de mieux appréhender les difficultés rencontrées par les citoyens dans leur vie quotidienne. Cette expérience permet de comprendre que le rétablissement de la confiance entre le pouvoir et le peuple passe par des mesures de facilitation des procédures de récupération des droits administratifs et civiques, par l’application de la justice conformément aux lois et par la lutte implacable contre toute forme de corruption et de marchandage.

Comment s’organise le travail de médiateur de la République au niveau des wilayas ?
Il faut rappeler que le délégué de l’institution de médiation ne se substitue ni aux responsables locaux ni aux élus. Son rôle est de servir d’intermédiaire entre le citoyen et l’administration en vue de faciliter l’obtention d’un dû et rétablir une éventuelle injustice commise volontairement ou involontairement au niveau d’un des secteurs de gestion de la société. Cette mission ne peut réussir et satisfaire les demandes des citoyens que s’il y a une coopération efficace entre les organes de l’institution de médiation et les secteurs administratifs concernés. L’amélioration de la vie de nos compatriotes est l’affaire de tous les responsables. La mobilisation de tous est une exigence pour le regain de confiance et de sérénité. Le pays ne saurait retrouver son cours normal, la satisfaction des revendications majeures des générations d’aujourd’hui, ses espérances maintes fois contrariées, que par la rencontre des intelligences de tous, dans un dialogue fécond où chaque élément de la société aura trouvé sa place autour d’un front intérieur dont la mission historique est la sauvegarde du pays. Cette mission ne peut être menée au-delà des hommes, des tendances de pouvoir et des velléités de récupération politicienne, que par ceux qui ont à cœur les intérêts suprêmes du peuple algérien. Plus que jamais, il est fait appel à la raison pour mettre en place ce front uni d’hommes et de femmes honnêtes, attachés à la patrie des ancêtres qu’ils ont irriguée de sang et de sueur. Des hommes et des femmes capables de suggérer des solutions qui entrent dans le cadre philosophique de leur démarche, pour une Algérie apaisée, équitable et équilibrée, et tenir compte des nouveaux besoins et des interpellations de la société d’aujourd’hui et lui apporter l’appui nécessaire par un soutien franc et qualitatif expurgé de toute forme d’opportunisme et d’hypocrisie afin de rendre irréversible la marche vers de nouveaux horizons. Le pays ne saurait retrouver son cours normal, la satisfaction des revendications majeures des générations d’aujourd’hui, ses espérances maintes fois contrariées que par la rencontre des intelligences de tous dans un dialogue fécond où chaque élément de la société aura trouvé sa place.
 F. Z. H.