La consécration d’une nette et coûteuse victoire

Le 18 Mars 1962, quand sur les ondes de radio Tunis, la voix de Benyoucef Benkhedda, alors président du GPRA, annonça, en soirée, la bonne nouvelle, une sorte de miracle venait de s’accomplir.
Le lendemain, à midi pile, heure où le cessez-le-feu entra en vigueur ,les gestes se figèrent. Ceux qui ont vécu cet instant se rappelleront toujours du soulagement mais surtout du poids d’un silence qui, subitement, recouvrit tout le pays. Dans le ciel, au- dessus des mechtas et des villages de montagnes, les avions ont cessé de cracher du feu mais répandaient des tracts annonçant la naissance d’une nouvelle ère. Le cessez-le-feu fut d’abord et avant tout la fin de terribles épreuves que les Algériens ont supportées durant prés de huit années de guerre, synonyme de souffrances et de destructions. Premier effet, des milliers de prisonniers sont relâchés des camps, symbole le plus visible de la répression coloniale. Le processus de pourparlers avait été entamé depuis près de deux ans entre le GPRA et le gouvernement français mais peu croyaient encore que le crépitement des armes allait se taire, l’espoir renaître au milieu des ruines encore fumantes et le voile de la tristesse se déchirer. Tous ceux qui ont vécu et décrit ce moment historique parlent d’une journée mémorable où se mêlaient des sentiments d’incertitude et de fol espoir. Le retour au pays de ceux qui étaient réfugiés dans les pays voisins et en Europe prit les allures de rêve éveillé. Qu’importait les douleurs du passé et les risques du présent ensanglanté par la sinistre OAS qui allumait ses feux du désespoir pour reprendre le titre d’un historien qui restitua ces dernières années d’un conflit qui mit fin à l’une des présences coloniales les plus enracinées. La notion de cessez-le-feu elle-même restera longtemps associée à la journée du 19 Mars qui est aussi la consécration d’une coûteuse et franche victoire. Les négociateurs du FLN menés par Krim Belkacem, vice-président du GPRA, n’ont pas cédé sur l’essentiel: l’unité du peuple et du territoire algérien. Longtemps, les accords d’Evian, s’était opposé l’état-major de l’ALN réticent à ce qu’il considérait comme des «concessions», ne furent pas fêtés à leur juste valeur. Même ceux qui ont assisté aux négociateurs ont attendu, à l’instar de Redha Malek, le porte-parole de la délégation algérienne, ou Saâd Dahleb, de longues années pour livrer leurs témoignages. Depuis, la date a retrouvé sa place et sa valeur dans une histoire où le peuple puise encore ses repères.
H. Rachid