Les archives, une question à revoir

L’Algérie doit consolider ses archives et protéger son patrimoine. Pour ce faire, il faut légiférer dans ce domaine afin d’éliminer tout les points faibles susceptibles d’empêcher la valorisation de la mémoire historique. C’est ce qu’a affirmé le chercheur  en archives, Mohamed Bounaâma, qui revient notamment sur la fête de la victoire et les péripéties qui avaient entouré cette étape cruciale de notre révolution historique.

Il a affirmé, d’entrée, que les accords d’Evian sont la résultante de plusieurs phases de négociations. Il existe, selon lui, des archives françaises et algériennes et il y à aussi l’apport essentiel et important de la partie Suisse qui a activement participé et contribué à cette rencontre entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la République algérienne sous la bannière bien sûr du FLN. Il existe donc des archives qui se trouvent en Suisse qui ont été déclassifiées. «Moi j’en ai des copies qui sont communicables et accessibles au grand public», a-t-il annoncé. En réponse à ceux qui tentent de faire croire qu’il y a eu des accords secrets, Bounaâma a indiqué qu’il y a eu des négociations secrètes qui ont abouti à la convention  des Accords d’Evian, lesquels renferment des annexes concernant d’autres sortes de coopération. Cela concerne non seulement le volet commercial et économique, mais aussi la coopération militaire et la question nucléaire. Ces relations se sont poursuivies après l’indépendance et tout cela a été conclu en marge des Accords d’Evian, a-t-il indiqué. Bounaâma a expliqué qu’il y a eu une sorte de feuillets à part concernant les Accords d’Evian et qui ont été rendus public. Ce dossier a-t-il fait l’objet de manipulation ?
L’archiviste a affirmé à cet effet que dans toutes les guerres et dans les contentieux entre Etats il y a toujours des concessions à faire. Toutefois delà à aller jusqu’à insinuer une forme de trahison, «Non pas du tout», réfute-t-il. « Ce n’est ni Abane Ramdane ni un autre qui aurait osé cela. Nous connaissons ces négociateurs algériens. Ils se sont battus sur tous les fronts pour internationaliser la cause algérienne et faire entendre la voix de l’Algérie. Avant d’arriver aux Accords d’Évian, il y a eu plusieurs phases et de nombreux intervenants. Il y a eu des malentendus et des coupures aussi dans ces négociations. Ce n’est que lors des Accords d’Évian qu’on s’est mis d’accord sur certaines questions. La chose sur laquelle il faut insister c’est que la France voulait dissocier territorialement parlant l’Algérie du Sahara. Ce qui a suscité d’ailleurs des différends dans ce sens là et les Algériens ont récusé à maintes reprises cette forme de proposition. Et c’est là que sont intervenues les concessions à faire de part et d’autre» a-t-il rappelé. Qu’en est-il maintenant des omissions de ces accords et le problème mémoriel des harkis ? D’après notre interlocuteur, cette question a été citée dans les Accords d’Évian. Il y avait une sorte de prolongement de la présence française en Algérie. Certains voulaient partir d’autres voulaient rester. Les Français avaient proposé la question de nationalité. Les Algériens voulaient traiter ce sujet au cas par cas. Ceux qui ont trahit le pays ne pouvaient en aucun cas avoir accès à la nationalité algérienne. Certains ont bénéficié d’une amnistie générale dans le cadre d’un accord spécifique. Concernant les disparus de la révolution et que les archives existants n’ont toujours pas solutionné, Bounaâma dit qu’il incrimine toujours un état de carence institutionnel dans ce sens là.
Travail d’experts
«Il n’existe pas de cohésion ni de synergie entre les institutions en charge du problème de mémoire», a-t-il regretté. Des commissions ont été installées au niveau du ministère des Moudjahidine et des archives sans qu’il y ait d’intercocommunication en matière d’échange et de coopération en matière d’information. Cela veut dire qu’on va en guerre en étant éparpillés. Il faut utiliser les archives déplacées en France. Il faut instaurer une institution légale et une loi. Il était question de créer un Conseil supérieur de la mémoire de la nation auprès de la présidence de la République. Il en est toujours rien. Il faut un travail d’experts», a-t-il livré. A propos des cranes, il a tenu à faire savoir  qu’aucun archiviste n’est allé en France à ce propos. On ramène des crânes sans archives ni dossier. Il y a tout un travail en profondeur qui doit se faire. Les Français sont plus avancés que nous dans ce cadre en consolidant la question de la mémoire par des bases légales. La remise de leurs archives implique une validation de leur Parlement. Ils ont légiféré dans ce sens en instaurant un code du patrimoine globalisant. Ils ont élevé tout ce qui relève de leur histoire et de leur mémoire au rang de Trésor national. A nous de faire maintenant pour consolider nos archives et protéger notre patrimoine. On n’a pas encore légiféré dans ce domaine et c’est là où réside notre point faible. Les archives sont un contentieux existant entre l’Algérie et la France. Dans le récent rapport du Conseil international des archives concernant les archives déclassées datant de décembre  2020, la revendication algérienne ne figure pas. Il y a tout un travail d’institutions à faire pour pouvoir après revendiquer sur des bases légales conformément au droit international. Il faut être sûr aussi de laisser des traces, a-t-il insisté. «Nous avons reçus des crânes, mais sans les dossiers complets. En plus de cela, nous avons le crâne, mais pas le corps. Notre indépendance est très récente. On ne peut pas comparer l’âge d’un pays à celui d’un être humain. Nous sommes un Etat jeune qui subit actuellement un climat géostratégique très frêle. Les dangers  guettent le Moyen-Orient et par extension le Maghreb. Tout cela ne laisse pas le temps d’évoluer dans un climat de sérénité. Notre indépendance est complète sauf qu’il faudra attendre de véritables réformes pour ériger un Etat de droit qui répond à toutes les attentes citoyennes. L’amitié entre les États est indispensable. On ne peut pas être fort en étant seul. Cela ne signifie pas s’aliéner,a-t-il recommandé.
Karima Alloun