«Arlequin, valet des deux maîtres», la commedia dell’arte version Halqa

C’est un véritable patchwork d’expressions théâtrales qu’ont interprété les comédiens du théâtre régional d’Oran (TRO), vendredi,  dans le cadre des compétitions du 14e festival du théâtre professionnel qui se clôture aujourd’hui (21 mars).

Le public a été charmé par une version des plus originales de l’œuvre du dramaturge italien Carlo Goldini (1707-1793), «Arlequin, valet des deux maîtres», dont la première version  a été réalisée par le regretté Abdelkader Alloula en 1993, est cette fois-ci  mise en scène par Ziani Cherif Ayad.  Coproduite par le TRO et le TNA en 2018,elle est  interprétée par Mustapha Meratia (Arlequin), Dine Hennani Djahid (Pantalon), Nouar Dalila (Béatrice), Laouni Ahmed (Brighella), Aïssa Zahia (Smeraldine), Amine Lara (Silvio), Belhocine Amina (Clarice), Youcef Gouasmi (Florindo) et Henni Mahfoud (Lombardi), accompagnés en musique par Baghdadi Salsabil et Youcef Gouasmia. Bien que le thème soit resté le même, la version présentée a été relookée et saupoudrée d’ingrédients  du théâtre populaire algérien.
Comme dans une Halqa, les comédiens prennent place en cercle autour d’une scène sur la scène du TNA puis chacun intervient tour à tour pour interpréter son rôle. Un théâtre dans un théâtre. Telle est la conception imaginée par Ayad. Pendant que les uns jouent «Arlequin, valet des deux maîtres», les autres comédiens interviennent, en dehors du texte original, comme s’ils étaient en répétition, où eux-mêmes spectateurs donnant ainsi au public l’impression de regarder deux pièces différentes en même temps.
Sortant du contexte, les comédiens entrent dans des monologues, ou des dialogues, parfois improvisés, qui procurent au spectacle une pointe d’originalité et d’humour. Les comédiens entrent dans leur double personnage avec aisance passant du dramatique au comique sans perdre le fil. Pour donner plus de cachet de chez nous, deux musiciens, en même temps comédiens, accompagnent le jeu avec des notes de musique de luth, violon, calebasse et guellal.
Si l’œuvre initiale relevait du genre dramatique, la version Ayad s’inscrit dans un genre tragicomique. C’est la tragédie de Goldini avec des pointes d’humour version Oranaise.
Le directeur du TRO, Mourad Snouci, a souligné, durant le débat qui a suivi la représentation, que la pièce n’est pas une imitation de l’œuvre d’Alloula mais se veut par contre un hommage à cet illustre homme de théâtre. «Nous n’avons pas mis en scène son œuvre, mais nous nommes restés dans l’esprit Alloula, avec El helqa, El Goual et tous les aspects du théâtre populaire cher au père de Ledjouad».
Snouci a  rappelé qu’Alloula, avait décidé de monter cette pièce en 1993, année du bicentenaire de la mort de Goldoni, et disait que nous aussi nous faisions partie du monde et célébrer ce grand homme du théâtre universel. L’autre raison qui avait motivé Alloula était la période sanglante des années 1990. «Nous avons vécu trop de sang et de tristesse, nous avions besoin d’amour et de joie», a rappelé Snouci. Selon lui, «Alloula voyait beaucoup de similitudes entre la Commedia dell’arte et le théâtre Halqa».
Hakim Metref