Théâtre : «Khatini» d’Ahmed Rezzag séduit le public

La dernière production du Théâtre régional de Mostaganem, «Khatini», écrite et mise en scène par Ahmed Rezzag était, probablement, la pièce la plus attendue de la 14e édition du Festival national du théâtre professionnel (FNTP).
Le public venu nombreux, dans la soirée de samedi dernier, au Théâtre national (TNA), a eu raison d’applaudir les comédiens qui, durant 80 minutes, ont captivé l’attention et soulevé l’enthousiasme des jeunes spectateurs. Le sujet de la pièce, en parfaite adéquation avec la situation sociopolitique du pays et du monde, dont les jeunes générations sont les protagonistes principaux a emporté l’adhésion générale.
Dans un pays, que tous ses jeunes citoyens ont choisi de fuir, le dernier d’entre eux s’apprête à son tour à mettre les voiles. La nouvelle mobilise toute la machine du pouvoir pour empêcher son départ. Des octogénaires finissants tentent, vaille que vaille, de garder en main les rênes du pays et vont tout faire et manigancer pour dissuader le jeune «Khatini» d’abandonner le navire. Les rôles furent interprétés avec brio par des comédiens qui ont pu et su tenir en haleine le public et lui procurer des moments d’émotion et de rire.
Rezzag dépeint la situation de la société et la réalité que vivent un grand nombre de jeunes mis à l’écart et marginalisés et qui, faute d’entrevoir un avenir dans leurs pays, choisissent la traversée, parfois à leurs risques et périls. Dans des répliques, un dialogue clairs et sans ambigüité, puisé du parler de la rue, le metteur en scène donne de la voix à la douleur et à la révolte. La pièce évoque la hantise des parents de voir partir leurs enfants loin d’eux, mais aussi leur désespoir de savoir que leur progéniture vit dans le désœuvrement total dans son propre pays.
Dans une image caricaturale, Rezzag met en scène des personnages grabataires et quasi-séniles, qui se démènent tant bien que mal pour retenir le jeune «Khatini», mais aussi à se maintenir en place et ne pas lâcher le pouvoir de décision. Il décrit des régimes qui ont asservi toutes les forces contestataires et les médias.
Selon le critique théâtral Hamid Allaoui, «Khatini» s’inscrit dans le genre du théâtre politique engagé, mais cela ne diminue en rien l’aspect artistique du travail. Le discours est direct et clair, mais saupoudré de notes d’ironie et de dérision qui donnent à l’œuvre son cachet humoristique. «La scénographie, ajoute Allaoui, par sa mobilité a procuré au spectacle une esthétique et un aspect dynamique.»
Selon Rezzag, son spectacle est bâti essentiellement sur le jeu des comédiens. En tant que metteur en scène, a-t-il expliqué, il ne gère que la mise en place et ce sont les acteurs qui donnent à la pièce son importance et sa dynamique. Le thème, a-t-il insisté, n’est pas uniquement politique, mais aussi humain et peut concerner tous les pays qui vivent une crise sociale et politique et affrontent le phénomène de l’émigration clandestine.
Hakim Metref