Des experts se prononcent sur les propositions de la CAPC pour la relance économique

La Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) a proposé 62 solutions pour réussir le plan de relance économique. Sont-elles soutenables du point de vue économique et eu égard à la situation financière du pays?

Sollicités, les deux experts en économie Brahim Guendouzi et Mohamed Achir ont apporté leur éclairage quant la faisabilité des propositions soumises au Premier ministère. Les deux experts estiment que l’initiative de la CAPC est, dans l’ensemble, louable sauf que certaines propositions restent difficiles à concrétiser. «Il est clair que la préoccupation principale des organisations patronales, mais également des pouvoirs publics ainsi que des syndicats, est de juguler la récession économique pour remettre l’Algérie sur la trajectoire de croissance. La sauvegarde des emplois, la défense du pouvoir d’achat et la relance de l’investissement figurent parmi les priorités», relève Guendouzi. Selon lui, les 62 propositions formulées par la CAPC «viennent à point nommé pour participer à l’évolution de la situation économique et sociale. Plusieurs des propositions relatives à l’entreprise algérienne, particulièrement privée, peuvent d’ores déjà trouver un terrain d’application durant cette année, notamment celles relatives au financement et à la fiscalité. D’autres nécessitent un peu plus de temps, car elles relèvent, selon l’économiste, de l’amélioration progressive du climat des affaires.  Dans ce sillage, il estime que des mesures urgentes pourraient être prises par le gouvernement en relation avec des problèmes concrets bien identifiés au niveau des PME et répercutés par la CAPC sous forme de propositions. D’autres aspects feront l’objet de notification dans le cadre éventuellement de la loi de finances complémentaire pour 2021 ou la loi de finances pour 2022. Toutefois, Guendouzi rappelle qu’il ne faut pas perdre de vue la fragilité des équilibres macroéconomiques». Il soutient  que certaines propositions du CAPC, comme la création d’un grand ministère de l’économie, la suppression progressive de la taxe sur l’activité professionnelle (TAP), relève de la réorganisation de l’économie algérienne, qui suppose au préalable une réflexion au sommet de l’Etat sur la question, et des arbitrages à faire afin de cerner l’ensemble  des impacts sur les différents secteurs économiques et les collectivités territoriales.
Coordonner l’action économique, un impératif
L’expert en économie, Mohamed Achir,  juge  également que certains points soulignés par la CAPC  relèvent des prérogatives du gouvernement. «Il y a des propositions qui ne devraient pas être faites par le patronat  dans la mesure où cela relève de l’exécutif. C’est vrai qu’il y a un environnement global auquel il faut s’intéresser, mais certaines  choses ne relèvent pas des attributions du patronat, comme le logement par exemple», objecte-t-il. Cependant, l’économiste a jugé que  les propositions de la CAPC sont dans l’ensemble «bonnes», même si  certaines restent difficiles à envisager. «Ce sont des propositions qui se concentrent beaucoup plus sur le climat des affaires, la débureaucratisation, autour de la liberté de l’acte d’investir et sur la clarification de la règle 49/51 mais aussi sur l’amélioration du cadre institutionnel, administratif  et  juridique de l’investissement», signale-t-il. La CAPC a mis le point, relève-t-il sur un élément très essentiel, à savoir le rôle des institutions, l’instabilité juridique ainsi que le rôle de l’administration. « L’accent a été mis également sur l’organisation institutionnelle en proposant un ministère de l’économie.  Il faut réellement une chefferie  de l’économie. On ne peut avoir des ministères de l’Industrie, des Finances, de l’Agriculture, de la PME, de l’Emploi qui travaillent chacun de son côté », indique-t-il. De ce fait, Achir souligne la nécessité de coordonner tous ces secteurs pour le lancement du plan de relance économique. « Il faut un ministère afin de coiffer tous ces segments pour plus de coordination et plus d’efficacité  surtout dans la prise de décision et sur leur applicabilité sur le terrain», explique-t-il. Concernant la suppression de la TAP, l’économiste dit désapprouver cette proposition, avançant  que cette dernière fait vivre les collectivités locales. «Supprimer la TAP sans réforme fiscale  locale  va mettre à genou les communes et les wilayas. « Les budgets des wilayas et communes sont soutenus à 60% par la TAP», rappelle-t-il.
L’amnistie fiscale, irrationnelle
 Idem pour l’amnistie fiscale. «C’est très difficile à concrétiser parce qu’il y a beaucoup d’argent sale et de l’informel», observe-t-il, ajoutant qu’il est plutôt favorable à la mise en place de mesures de conformité fiscale. «Il faut effacer certaines dettes et instaurer, comme cela se fait dans les pays développés, des crédits d’impôt, des échéanciers conditionnés par la conformité fiscale, la traçabilité, la facturation pour rompre définitivement avec les pratiques frauduleuses et informelles». Et d’ajouter : «Compte tenu de la situation de déficit budgétaire actuelle, l’amnistie fiscale n’est pas une mesure acceptable et encore moins rationnelle». Aussi, le changement de la  valeur faciale  de la monnaie «est très difficile,   à appliquer, surtout pour une économie qui n’est pas institutionnellement bien encadrée. Par contre, changer les billets est envisageable. Il suffit de détruire les anciens billets et donner un délai aux citoyens pour qu’ils restituent les anciens billets auprès des banques et à partir de là, nous pouvons appliquer les mesures de conformité fiscale». S’agissant de la reconduction du crédit à la consommation, l’expert souligne qu’il doit être un élément multiplicateur qui favorise la relance de  la production locale. Achir se dit pour le principe du champion économique en vue de booster l’exportation.
Wassila Ould Hamouda