Dr Nourddine Ouadah à Horizons : «On se dirige vers une économie basée sur la compétence et la connaissance»

Faire de l’Algérie un pôle d’innovation régionale est l’objectif du gouvernement qui a fait de l’accompagnement des porteurs de projets une priorité dans son programme d’action. Le directeur des start-up et des incubateurs, le Dr Nourddine Ouadah, revient dans cet entretien sur le soutien accordé aux entreprises disposant du label « «start-up.

 

Dans combien de temps et comment peut-on mesurer l’efficacité, le succès ou l’échec des start-up labélisées ?
La question est très difficile, car les start-up ne sont pas des entreprises classiques. Elles peuvent exploser en deux mois comme elles peuvent prendre cinq ans avant de décoller. Nous ne sommes pas face à business qui a besoin de matières premières et d’un marché pour produire. Il faut savoir qu’il existe aujourd’hui des start-up qui proposent des produits dont le marché algérien n’est pas encore disposé à les commercialiser, faute de réglementation. En revanche, d’autres sont en phase de production et de création de leurs marchés en parallèle. Il faudra donc faire l’effort de mettre les moyens sur l’innovation qui ne peut être que bénéfique pour une croissance économique basée sur la compétence et la connaissance et pour la création d’emplois dans le pays.  Il faut, toutefois, savoir que l’innovation n’est pas toujours synonyme de la haute technologie. C’est une manière nouvelle de résoudre un problème donné de manière plus rapide, économique et plus efficace dont celui de l’eau ou de la circulation. Nous vivons dans une ère où celui qui n’innove pas disparait.
Plus de 70% des entreprises du dispositif Ansej sont en crise, y a-t-il un risque de reproduire les mêmes erreurs ?
Nous avons aujourd’hui plus de 100 entreprises start-up labélisées et qui sont spécialisées dans tous les domaines dont l’énergie, l’agriculture, l’informatique, la biologie et autres. Le processus étant très sélectif qu’on ne risque pas de reproduire l’échec de l’Ansej.
Sur des milliers de candidatures, il n’y a qu’une centaine qui ont obtenu votre aval…
Ce dispositif s’adresse à une population très particulière, généralement composée d’universitaires. Le concept est complètement différent dans la mesure où nous prenons en charge que les projets innovants suggérés par des diplômés universitaires ou des experts dans leur domaine. Ce n’est donc pas une entreprise classique.
Quelles sont les modalités de cet accompagnement et quel est son impact sur la survie des jeunes entreprises ? 
Nous sommes face à des entreprises en phase d’exploration d’où le rôle du label «projet innovant»  qui consiste à reconnaître une start-up qui a du potentiel et qui a besoin d’être accompagnée. Ce label permet à celle-ci de bénéficier des avantages accordés par les dispositifs de soutien étatiques. On ne parle pas dans ce cadre d’entreprises déjà établies. Ces start-up qui viennent de démarrer ont un potentiel de croissance très important grâce à l’innovation. L’idée c’est de recenser ce potentiel et de l’accompagner et de ne pas le laisser dans la nature et éviter de reproduire l’expérience des projets mal ficelés. Un mécanisme de financement a, ainsi, été mis en place. Celui-ci n’est pas autorisé à octroyer des aides financières, des subventions et encore moins des prêts. C’est un investissement. Le Fond de soutien lancé au mois d’octobre dernier est donc un actionnaire dans ces start-up. Autrement dit, c’est un investisseur qui accompagnera le porteur d’idées en permanence. Et pour mieux encadrer cette démarche, nous sommes entrain d’encourager les incubateurs, car c’est à eux d’assurer l’encadrement, le coaching, le marketing, la publicité du produit, ainsi que la mise en réseau. Le label c’est la première étape d’un long chemin ayant pour but de soutenir l’entrepreneuriat.
Le montant de l’investissement du Fond de soutien aux start-up est-il plafonné ? 
C’est un mécanisme d’investissement qui traite au cas par cas, il est difficile de parler d’un plafonnement. Ce n’est pas le modèle Ansej. C’est une entrée au capital des entreprises prometteuses, le Fond n’utilisera donc pas un financement par le crédit. Lorsque quelqu’un a un projet innovant, il présente son opportunité pour tenter de convaincre le Fond de rentrer avec son capital et avec une prise de participation. Cela suppose que pour certaines entreprises, le montant ne dépasse pas quelques dizaines de millions de dinars, alors que pour d’autres, ce sera des millions de dinars qui seront injectés pour financer en phase d’amorçage des projets qui pourraient devenir créateurs de richesses.
Pour certains, le tissus juridique et institutionnel demeure inapproprié pour insuffler une dynamique devant renforcer l’innovation. Qu’en pensez-vous ? 
Le gouvernement a mis les moyens pour accompagner les jeunes, l’innovation et la technologie. Mais aussi pour s’enquérir de leurs propositions, projets et offres. Il y a eu des avancées en matière de cadre juridique. La nouvelle législation a, d’ailleurs, permit de définir le statut de start-up et a déterminé les dispositions légaux de soutien.  Il reste, néanmoins,  quelques détails qui  devront se régler au fur et à mesure pour conférer davantage d’efficacité et d’efficience en matière de création d’entreprises innovantes. Les textes de loi doivent suivre la dynamique enclenchée en 2020 à travers la création et la révision  de certains textes pour accélérer la cadence de création de start-up et prendre en charge les différentes contraintes liées à l’environnement.
Entretien réalisé par Assia Boucetta