Abdelhamid Benzine, un homme au cœur des luttes

Le six mars 2003 s’est éteint Abdelhamid Benzine militant du PPA puis du PCA, journaliste de renom et  auteur prolifique.

Ses textes et livres ne sont pas de simples témoignages sur les luttes politiques ou militaires de notre peuple. Emergent de ses écrits «La montagne et la plaine» et «Le camp». Le récit respecte toutes les règles de l’écriture de l’histoire mais reste un récit où l’écriture atteint par ses qualités esthétiques le statut de roman. Les personnages dépeints dans ses textes apparaissent comme «sujets» historiques et non comme simples acteurs dans la lutte hallucinante, qui les enveloppait pour reprendre les termes de Fanon.
Sujets, cela signifie qu’ils répondent aux nécessités historiques engendrées par la condition coloniale. En tant que colonisés, ces militants entrés dans la confrontation pour sortir de l’esclavage colonial, de la misère et de l’humiliation ne répondent pas seulement aux exigences du moment qui déterminent leurs actions. Ils ramènent leur propre surgissement sur la scène de l’histoire. Toute la profondeur de l’écriture de Benzine, ses qualités esthétiques, arrivent à dégager en chacun ce qui  sublime la personne en personnage.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un regard capable de voir et de nous manifester à travers les actions des fellahs de la plaine ou de la montagne, de simples citadins instruits ou analphabètes, d’ouvriers, d’employés, de commerçants des personnes significatives de cette époque, de ces conditions de luttes clandestines en ville, des luttes militaires dans les maquis, de celles  de la survie dans les prisons et des multiples activités originales et créatives de soutien logistique. C’est cette capacité qui nous déroule la vie non plus de simples acteurs mais véritablement de personnages. Les  témoignages sont à la fois des romans au carré mais également une écriture proprement historique à la puissance «n», car restituer à l’histoire la chair et l’émotion qui l’ont réalisée, est significativement de la littérature, ni forcément classée dans le réalisme ni dépourvue d’une part de fiction qui n’est pas invention mais restitution du réel dans sa complexité émotionnelle et des imaginaires qu’investissaient ces personnages dans leurs engagements et leurs résiliences  aux souffrances.
Une étoile et un pôle
Du  point de vue strict des différentes philosophies  de l’histoire, cette écriture  peut être pleinement considérée comme écriture historique : celle de l’histoire par le bas dans la perspective de Hobsbawm.  Bien sûr ce dernier aborde la réalisation de l’histoire par des facteurs plus larges. Mais l’écriture de Benzine rappelle que l’histoire de notre libération nationale s’est faite d’abord par le bas, et c’est ce qui explique sa résilience et sa survie aux morts de nos dirigeants et de nos militants en civil ou en uniforme.
Mais de façon décisive, ses textes sont la preuve formelle que notre révolution a été attendue puis portée par l’écrasante majorité de notre peuple et non imposée  comme le prétendent des historiens actuels.
S’il a été incontestablement une étoile politique, et même de beaucoup de façons un pôle au sens mystique, une inspiration pour la jeunesse en général, l’opinion publique le perçoit moins comme étoile littéraire à cause d’une conception étroite de la littérature inscrite ouvertement dans le champ idéologique classique.
M. Bouhamidi