Législatives 2021 : Les jeunes à l’assaut de l’hémicycle

La nouvelle loi organique relative au régime électoral a mis définitivement fin au débat sur le monopole des dirigeants de certains partis politiques et des anciens députés à la chambre basse lors des mandats législatifs précédents.

La promulgation de cette loi a provoqué un choc chez les anciens parlementaires, d’autant plus que beaucoup d’entre eux espéraient se présenter à nouveau aux prochaines législatives. Un quota d’au moins un tiers des sièges de la prochaine Assemblée populaire est désormais réservé aux jeunes de moins de 35 ans. Cette «discrimination positive» dont vont bénéficier les jeunes est une décision importante et décisive qui rentre dans le cadre de la promotion des droits de cette catégorie en les tenant prêts à s’acquitter de leurs responsabilités politiques. Une mission qui réclame, au-delà de la motivation, une participation positive et efficace à la politique de manière à garantir un changement durable. Cette participation s’avère fondamentale pour rétablir la confiance entre la population et ses institutions après des années de cynisme à l’égard de la politique.  Intégrer les Assemblées élues pour diffuser son projet de société est l’objectif aujourd’hui de toute une génération, même s’il est encore trop tôt de conclure à un engouement de la jeunesse pour l’action politique. Les partis semblent avoir compris l’importance d’améliorer la participation des jeunes aux élections et d’en finir avec la discrimination fondée sur l’âge dans la constitution des listes électorales. Une tendance que confirme Belkacem Sahli, président de l’ANR, qui rappelle que «la moyenne d’âge des candidats du parti pour les élections locales et législatives en 2012 et en 2017 ne dépassait pas les 35ans. Idem pour la présence de la femme qui a constitué 40% des candidats et tête de liste dans pas moins de sept wilayas lors des dernières législatives. Les sièges obtenues au sein de l’Assemblée dissoute étaient d’ailleurs équitablement partagés entre nos élus femmes et hommes». Pour lui, «l’importance de la présence des jeunes et des femmes dans l’ANR qui est un parti républicain moderniste est prise sérieusement en considération pour réussir la mutation générationnelle qu’on devait entamer depuis 2012 à l’occasion du premier cinquantenaire de l’indépendance». Il dit espérer voir à la faveur de l’application de la nouvelle loi organique «plus de jeunes participer à la prochaine course électorale. Une chose est sûre, nos listes seront composées de candidats très jeunes, de femmes et de militants qui ont de l’expérience. Il est impératif d’encourager l’élite et les jeunes d’une manière générale à se former pour prouver leur compétence et mériter leur place au sein des prochaines Assemblées élues ».
Il fait ainsi remarquer qu’ «il aurait été plus judicieux de parler de compétences que d’utiliser le mot jeune. C’est ce que nous avons, d’ailleurs, demandé lors de l’amendement du code électoral pour ne pas tomber dans le populisme». Il souligne, dans ce cadre, l’importance « de trouver un équilibre entre les jeunes et les candidats expérimentés pour pouvoir élire une APN compétente et efficace. Inutile de rappeler que l’engagement politique est très important pour pouvoir défendre au sein du pouvoir législatif un projet de société». «Encourager les indépendants au détriment des partis politiques ne sert pas la République qui a grandement besoin de rétablir le politique dont la mission principale est de défendre une idéologie et un projet de société clair», déplore-t-il.
Une classe politique à renouveler
Le président de Jil Jadid a, pour sa part, indiqué que «le parti regorge de jeunes responsables dans ses différentes structures». Djilali Sofiane tient, néanmoins, à préciser que «les jeunes à Jil Jadid ne sont pas une catégorie à part. Ils constituent l’ossature même du parti. D’autres ont l’esprit de la nouvelle génération même s’ils ont de l’expérience», soulignant qu’ «il n’est pas nécessaire de se focaliser sur l’âge des candidats». Il ne s’agit pas, soutient-il, «de faire du jeunisme. Le jeune n’est pas en soi une catégorie particulière. Cette catégorie représente une autre démarche, un niveau de compétence supérieure généralement aux générations précédentes qui ont pratiqué la politique».  Selon Djilali Sofiane, «la classe politique algérienne pendant les décennies passées était constituée de militants engagés. Mais qui étaient souvent à la recherche d’une promotion sociale, c’est pourquoi les partis politiques qui avaient entre les mains le pouvoir ont favorisé une forme d’opportunisme, car mieux contrôlable. C’est de cet état d’esprit qu’il faut sortir et c’est dans cette perspective que le facteur jeune doit intervenir». Et pour appuyer ses propos, il rappelle que «Jil Jadid est synonyme de nouvelle génération par rapport à une mentalité et un autre ordre politique. Il est, dès lors, nécessairement porté par une nouvelle génération sans exclusion aucune les personnes âgées et expérimentées». «Le jeune n’est intéressant que dans une stratégie générale de changement de classe politique d’où l’importance d’accompagner les nouveaux acteurs politiques par des anciens militants»,  plaide-t-il, avant de revenir sur l’ancienne APN qui, dit-il, «n’avait aucun projet d’avenir à proposer aux Algériens». D’après lui, «la première étape à faire est de renouveler profondément la classe politique en s’ouvrant sur les jeunes. Le prochain Hémicycle sera largement renouvelé si on se réfère à la nouvelle loi organique qui exige des listes électorales avec 50% de candidats de moins de 40ans. Ce texte pousse lui-même à un renouvellement, d’autant plus que ceux qui ont déjà fait deux mandats électoraux ne seront plus autorisés à se présenter». «Il ne faut pas, cependant, faire de cette tendance un dogme. Un projet de société est porté par un parti politique, il ne peut pas être confié à des individus isolés. Et c’est le cas des candidats de Jil Jadid qui sont jeunes et qui sont disposés à défendre le projet du parti». Le président du MSP abonde dans le même sens, «cette question ne se pose pas au sein du parti. Les jeunes ont toujours étaient dans les structures du MSP et très actifs dans toutes nos organisations». Le problème pour Abderezzak Makri, «ce sont ces nouvelles dispositions contenues dans la nouvelle loi électorale, à travers lesquelles les autorités semblent vouloir soutenir que les jeunes qui ne sont pas structurés dans des partis politiques. Ce qui constitue une ségrégation anticonstitutionnelle à l’égard d’une partie de jeunes Algériens qui activent au sein de ces formations». Pourtant, relève-t-il, «les partis constituent le fondement même de l’action politique à travers le monde. Les listes indépendantes ne peuvent, en aucun cas, se substituer à l’activité menée par les structures politiques». Selon lui, «le problème de la présence des jeunes ou des femmes dans les listes électorales du parti ne s’est jamais posé». C’est pourquoi, estime le président du MSP, «les autorités devraient laisser la vie politique reprendre son cours normal ou la présence de toutes les catégories sociales, qui sont les jeunes, les femmes ou les vieux, est spontanée à l’image de la société». Car, dit-il, «lorsqu’on essaie de promouvoir une certaine catégorie de jeunes au détriment des autres, on risque de tomber dans le populisme et le clientélisme», ajoutant que «le MSP n’est pas contre la promotion des jeunes. Mais cela doit se faire par le biais des formations politiques et à travers leurs activités. Nous ne sommes pas dans un système de quota pour que les pouvoirs publics s’autorisent à s’immiscer dans cette question». Et de conclure, «les institutions de l’Etat doivent être et demeurer neutres en laissant les mouvements de société s’élaborer pour que l’image de la vie politique soit naturelle».
Assia Boucetta