Agriculture : Passer au palier supérieur

Le Programme alimentaire mondial des Nations unies a classé l’Algérie à la première place sur le continent africain, et au même niveau que les pays européens et américains, en matière de sécurité alimentaire. Cela est bien beau et les auteurs de ce classement ont certainement eu de solides raisons pour tirer cette flatteuse conclusion pour notre pays.

Indéniablement, l’Algérie a réussi à réveiller son agriculture qui avait périclité depuis l’application de la révolution agraire. Bénéficiant une nouvelle fois d’une manne financière avec le relèvement des prix des hydrocarbures, l’Algérie s’est lancée dans des plans de soutien à la croissance économique en privilégiant le secteur agricole. Il s’est avéré que le monde rural, qui avait connu des mutations importantes, était prêt à relever les défis que lui proposaient les pouvoirs publics de l’époque grâce à un dynamisme entrepreneurial insoupçonné, mais aussi à un soutien technique et financier rarement déployé par l’administration agricole. Parallèlement, l’industrie agroalimentaire trouvait des conditions favorables à sa diversification et son essor. Les résultats étaient tangibles pour le consommateur, avec un marché abondamment approvisionné en fruits et légumes de saison à des prix suffisamment abordables et, pour la première fois depuis des décennies, commençaient à se poser des problèmes de gestion des surplus de production pour certains produits agricoles. Les responsables de l’époque tiraient déjà fierté de devoir, au lieu des pénuries, désormais gérer l’abondance. L’agriculture créait des emplois et de la richesse et cela continue aujourd’hui encore. Selon les estimations de l’administration agricole, le secteur garantit aujourd’hui quelque 2,6 millions d’emplois permanents et représente une production en valeur d’environ 25 milliards de dollars, soit une participation à hauteur de 12,4% du PIB. La crise sanitaire et les tensions sur le commerce international des produits alimentaires montreront également que l’Algérie avait atteint un palier supérieur en matière de sécurité alimentaire.

Des insuffisances…
Ces résultats positifs ne doivent pas cacher les insuffisances qui alourdissent encore le secteur et qui, en termes d’importations, se chiffrent à plus d’une dizaine de milliards de dollars. L’Algérie reste encore trop dépendante en matière de consommation de blé, légumes secs, lait, huiles, sucres et aliments de bétail, sans qu’elle puisse financer ces dépenses autrement que par la rente pétrolière, sachant que les exportations agricoles n’arrivaient pas vraiment à décoller devant l’irrégularité de la production et l’inconstance de la politique du pays en la matière. Pour autant, l’agriculture algérienne conserve une capacité productive qui ne demande qu’à s’exprimer pleinement et devenir ce gisement qui porte véritablement la croissance économique, consolide la sécurité alimentaire du pays, et lui ouvre les portes de l’émergence. Pour cela, l’Algérie s’est dotée d’une feuille de route qui lui permette, à travers notamment l’encouragement des cultures stratégiques (céréales, oléagineux, etc.), l’expansion des surfaces irriguées et le recours aux méthodes modernes de gestion, de réduire sa facture alimentaire (moins deux milliards de dollars à court terme) et sa quasi totale dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs. La sécurité alimentaire ne se limite pas à des chiffres. Pour le citoyen, elle n’a de réelle signification que si elle se matérialise par une disponibilité sans faille des produits agricoles, une qualité et une diversité en constante amélioration, ainsi que des prix stables, en conformité avec son niveau de revenu. En la matière, l’Algérie est encore appelée à accomplir de grands progrès.
Ouali M.