Abderrahmane Amar, spécialiste en communication «Le journaliste est appelé à assurer un service public»

Entretien réalisé par Aziza Mehdid

Assainir le champ médiatique en Algérie et concrétiser la transformation numérique est certes une finalité pour les pouvoirs publics, mais leur concrétisation n’est pas chose aisée, en raison de la complexité des problèmes que connaît le secteur, notamment celui des finances. C’est du moins l’avis de l’universitaire et spécialiste des médias, Abderrahmane Amar, exprimé dans cet entretien.

Plusieurs chantiers de réforme ont été entrepris par le ministère de la Communication afin de mettre de l’ordre dans le paysage médiatique national. Quel état des lieux en faites-vous aujourd’hui ?

Effectivement, le ministère de la Communication a lancé, depuis quelques mois, plusieurs chantiers en vue de réorganiser et assainir le paysage médiatique national. Ces réformes visent à le mettre au diapason du processus de modernisation et des transformations technologiques mondiales que connaît la sphère médiatique. Parmi les plus importants chantiers, celui relatif à la presse électronique qui figure parmi les priorités du ministère, lequel a souligné l’impératif d’accélérer la cadence de toutes les actions réformatrices sur fond d’inquiétude que suscitent les attaques cybernétiques visant l’Algérie. Cependant, ce que je regrette, c’est que ce projet reste prisonnier de son application sur le terrain, au vu des grands problèmes soulevés en la matière, notamment le problème financier.

Les professionnels de la presse estiment que pour concrétiser une véritable transition numérique, il ne suffit pas d’avoir un cadre juridique régissant la presse électronique, mais il faut en parallèle des lois à même de libérer la publicité et le sondage d’opinion. Qu’en pensez-vous ?

Certes, la transformation numérique ne se concrétise pas en mettant en place seulement des cadres juridiques pour la gestion de la presse électronique, mais elle nécessite la mise en place de lois à l’effet de libérer la publicité et le sondage d’opinion. Et vu l’importance de ce point, les spécialistes y mettent le focus, tant la problématique suscite les interrogations et les craintes des propriétaires des sites électroniques, dont le fonctionnement se révèle impossible en l’absence desdites lois entravant ainsi la transformation numérique souhaitée.

La liberté de la presse est un principe consacré par la Constitution, cependant, l’exercice professionnel de ce métier devrait se faire avec responsabilité et respect de l’éthique journalistique. Comment peut-on concilier ces deux éléments fondamentaux pour assurer un vrai service médiatique public ?

Effectivement, la liberté et la responsabilité sont indissociables dans le monde de la presse, dont l’objectif principal est d’assurer un service public au récepteur des contenus médiatiques dans le cadre du respect de l’éthique de ce métier. Dans le sillage des tiraillements entre la notion de la liberté de la presse et la déontologie, le journaliste confond entre sa responsabilité de diffuser des informations et la liberté de les traiter en adoptant des idées subjectives au détriment du service public et de l’éthique journalistique. Dans ces conditions, le journaliste est appelé souvent à ne pas perdre de vue le principal objectif, à savoir assurer, le plus objectivement possible, un service public sans sombrer dans les interprétations.

 A. M.