Covid-19: La vaccination «traîne beaucoup», selon le Dr Mohamed Yousfi

Le chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Boufarik, le Dr Mohamed Yousfi, a indiqué que la vaccination «traîne beaucoup». Il a estimé que les responsables du secteur «n’ont plus le droit de retarder encore la vaccination».

Il a plaidé pour l’accélération de la campagne de vaccination pour arriver à l’immunité collective, avant que les nouveaux variants prennent de l’ampleur.  Pour arriver à une immunité collective de 70%, il faut 30 à 40 millions de doses. Egalement président du Syndicat national des praticiens spécialistes de santé publique (SNPSSP), le Dr Yousfi a fait savoir que la vaccination contre la Covid-19, comme toute autre maladie infectieuse, demeure la seule solution pour arrêter la propagation du virus. «Tant qu’on n’a pas reçu les quantités nécessaires, le risque de voir le nombre de cas repartir à la hausse n’est pas à écarter. Il faut prendre les mesures qui s’imposent». Selon lui, depuis le lancement de la campagne nationale de vaccination anti-Covid le 31 janvier dernier, le taux des personnes vaccinées est de  0,17%.  «Un nombre très faible pour pouvoir sortir de cette crise», dit-il. Et d’ajouter : «Les autorités ont la responsabilité de vacciner rapidement la population. Il y a une guerre mondiale pour l’acquisition des vaccins. Les Algériens doivent savoir cette réalité.» Le médecin réclame de la transparence et de la visibilité, notamment en matière de communication. «Il faut dire aux citoyens toute la vérité et rappeler sans cesse que le calendrier de vaccination s’étale sur toute l’année, et annoncer aussi quand l’Algérie reçoit les nouvelles doses afin de rassurer tout le monde et de ne pas laisser place à la polémique», a-t-il dit.
Une plateforme muette
Selon lui, les citoyens inscrits sur la plateforme numérique n’ont, par exemple, aucune information sur la date de leur rendez-vous. «On sait que l’Algérien est réceptif et quand on lui donne cette visibilité, il patientera certainement. Malheureusement, c’est ce qui nous manque actuellement» déplore-t-il. Tant qu’on n’a pas accéléré l’opération de vaccination, les citoyens sont appelés à continuer à porter le masque et à respecter la distanciation physique. «Pour l’instant c’est le seul moyen radical pour se protéger contre l’infection par la Covid-19», dit-il. Le Dr Yousfi rappelle que le personnel de la santé est mobilisé depuis une année. Raison pour laquelle il interpelle encore une fois les pouvoirs publics afin d’accélérer le rythme de vaccination. Le praticien indique, à ce sujet, qu’une grande partie des professionnels de la santé ne sont pas encore vaccinés. Sur le traitement, il indique qu’en dehors du vaccin AstraZeneca à faible efficacité sur le variant sud-africain, tous les autres vaccins ont une efficacité très importante entre 70 et 90%, alors que le vaccin antigrippal est efficace à 60%.
Pour le président du SNPSSP, la situation épidémiologique est rassurante mais la vigilance est toujours de mise sachant que le pays n’est pas encore sorti de la crise. Selon lui, tant qu’on n’est pas arrivé à l’immunité collective, le risque est toujours élevé. Il fait savoir que des laboratoires pharmaceutiques se sont déjà mis dans la fabrication du vaccin deuxième génération qui sera plus efficace sur les nouveaux variants. Dans une déclaration à la Radio nationale, le Pr Mohamed Belhocine, président de la cellule opérationnelle chargée de l’investigation et du suivi des enquêtes épidémiologiques, a expliqué que la lenteur de la campagne de vaccination est due au retard dans l’approvisionnement en vaccins.
«Nous ne sommes pas le seul pays au monde à vivre cette situation de difficulté d’approvisionnement en vaccins sachant qu’il y a une demande qui dépasse de très loin l’offre», a-t-il expliqué.  A rappeler que l’Algérie a reçu 300.000 doses de vaccins réceptionnées : 50.000 du vaccin russe Sputnik, 50.000 d’AstraZeneca et 200.000 doses du laboratoire Sinopharm en guise de don. Les autorités attendent la réception pour ce mois en cours de 1,8 million de doses de vaccins anti-Covid-19 dans le cadre du mécanisme Covax.
Samira Belabed