«Qaâda au cœur de la Médina», ou voyage dans la mémoire

C’est la période  1957 – 1969 qui ressuscite Ibn Tchoubane dans un livre publié, en 2018, aux éditions Anep. L’ouvrage fourmille de petites histoires et d’anecdotes, que l’auteur raconte non sans quelque nostalgie. Son nom vient s’ajouter à la longue liste de ceux qu’Alger a inspirés.

 Au fil des 19 chapitres, il invite le lecteur à la découverte de la vie algéroise durant ces années, dans le strict respect de la chronologie déclinée en flashbacks, tranches de vies. Une sorte de miroir où se reflètent plusieurs aspects de la vie sociale et artistique d’El Djazair. Ibn Tchoubane parle de cinéma, de musique et de culture, mais il évoque aussi des personnages qui se sont distingués dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie. «Je décris l’atmosphère de l’époque notamment dans la période pré-indépendance», confie t-il. «Lorsque le sou était chiche», se plait-il à dire.L’auteur rend également hommage à son père et aux artisans et artistes qui défilaient dans son atelier d’ébénisterie à la rue Benachère à la Casbah, en face du premier cercle du Mouloudia d’Alger. Enfant, il voyait défiler des personnages de toutes obédiences et tendait l’oreille quand ils  devisaient, parlaient de culture ou des aléas de la vie. Ils étaient communistes, religieux, progressistes, conservateurs, peintres, musiciens, hommes de théâtre. La même échoppe était une boite aux lettres des militants de la Zone autonome d’Alger qui venaient y déposer ou récupérer des documents. Il évoque l’atmosphère qui précéda ou suivit la grève des huit jours en janvier- février 1957. Le premier chapitre est consacré d’ailleurs à ces terribles journées qui vont plonger la ville d’Alger dans la tourmente durant près de huit mois. Dans un autre chapitre sont rapportés les méfaits de sinistre OAS dont les adeptes refusaient le verdict de l’histoire.
Chronique des jours heureux
La grande partie du livre ramène aux premières années de l’Algérie indépendante. L’auteur replonge dans sa tendre enfance pour parler de sa scolarité au séminaire Saint Augustin, entre 1964 et 1970, où rappelle-t-il «la pédagogie était rigoureuse  et les instituteurs compétents et souples». L’auteur invite les nostalgiques à revivre un Alger que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Il rappelle l’ambiance des soirées de Ramadhan, la convivialité et l’entraide. L’auteur met en exergue un patrimoine matériel et immatériel, disparu ou menacé d’extinction. Monuments, traditions, coutumes, cérémonies, tout ou presque trouve sa place dans ce récit historique romancé. Lieux et personnages, scènes de vie sont comme des appels à sillonner les ruelles d’Alger de la Cantera à Bab-el-Oued, de Saint Eugène à notre Dame d’Afrique, en passant par Bab Azzoun, Zoudj Ayoune avant de remonter vers les hauteurs de la Casbah et même plus loin vers Chréa. Comment résister à l’invitation d’aller  partager le souvenir des soirées estivales dans les Douirate de la médina ou thé, beignets et friandises, exhalent une odeur aux relents de bien être et de bonheur. Faisant appel à sa mémoire où effectuant des recherches Ibn Tchounabe exhume de l’oubli, le temps d’une Qaâda, un Alger romanesque avec ses tendresses, sa population bigarrée composée d’autochtones, mais également de gitans, de  pieds noirs, d’Espagnols, de Juifs et grosse de colères et malheurs. Toute une ville et une époque Alger où il y faisait bon vivre sous l’étendard de l’indépendance fraîchement acquise et de l’enfance insouciante. Ibn Tchoubane collaborateur et chroniqueur dans divers titres de la  presse écrite a notamment publié dans Le Jeune Indépendant», «Midi Libre», «Le Chroniqueur» et «El Watan» où il a animé durant plusieurs années la chronique «Instantané». Lauréat du Prix Ansamed en 2005, pour «Virée dans la Casbah, entre ruines et restauration» un article paru dans «le Jour d’Algérie». Ibn Tchoubane a une grande passion pour le patrimoine algérien et maghrébin et plus particulièrement pour l’histoire du vieil Alger.
Hakim Metref