Témoignage de Tayeb Amrouche : Un infirmier dans les maquis

Tayeb Amrouche est un nom qui ne figure sur aucun livre d’histoire ou récit. Il n’a non plus aucun lien avec la célèbre famille. Son témoignage qui vient de paraître ne manque pas pour autant d’intérêt même si le livre aurait dû être corrigé pour éliminer le nombre effarant de fautes et de formulations hasardeuses.

Quand éclata la révolution, le garçon qui avait quinze ans vivait au sein d’une famille modeste au lotissement Michel (actuel Hai El Badr) où il n’ira pas plus loin que le certificat d’études. D’abord apprenti- tôlier, il est embauché à 13 ans comme coursier dans une société de transit à deux pas de la grande-Poste. Mais quand Alger commence à s’embraser, à partir du printemps 1956, le destin du garçon tranquille va basculer. Lui qui écrit-il «n’a jamais vu une arme de près mis à part la fronde ou «tireboulette» va devenir, dans un premier temps, un agent de liaison chargé de remettre des lettres importantes et de l’argent pour les familles dont un membre a été tué ou emprisonné. C’est la mission qui est confiée à de nombreuses femmes dont Zohra Drif qui raconte cet aspect de l’engagement avec des détails dans ses mémoires. L’auteur évoque ainsi l’achat de pataugas pour les maquis, la prise en charge de militants recherchés avant qu’ils ne «montent» au maquis. Il s’attarde sur les siens notamment la mère et la sœur qui «mettent la main à la pate». C’est le début de son implication effective dans la lutte qu’il payera, au milieu de l’année 1957, par une arrestation qui sera relatée dans le journal «L’écho d’Alger» dont la coupure est insérée dans le livre. Amrouche figure parmi les 27 membres du réseau FLN reconstitué par Khelifa Boukhalfa. C’est suite à un accrochage entre ce dernier et son compagnon Ahmed Chicha à Bachdjarah qu’il avait convoyé qu’Amirouche sera dénoncé dans un contexte ou les paras avaient entrepris le démantèlement méthodique des cellules du FLN. Mais le moudjahid qui s’apprêtait à se rendre dans une zone de la wilaya 4 s’embrouille un peu et ne raconte pas les événements avec des détails précis s’agissant de l’enchaînement des faits et des dates. Mais ce n’est que partie remise. Emprisonné jusqu’à la mi-1959 à Serkadji, il bénéficiera d’une liberté conditionnelle, mais prend la route du maquis. Dans la sinistre prison, il avait croisé des hommes comme Aissat Idir, Hadj Ben Alla, mais il s’attarde très peu sur les conditions de détention, les caractères, sinon pour raconter dans quelles circonstances il fut emmené à s’initier, durant 18 mois, aux rudiments des soins infirmiers. Au maquis, il sera infirmier dans la région de Hammam Melouane puis du côté de Tablat. Il livre quelques souvenirs sur le travail d’infirmier obligé de faire face à la situation malgré le manque de moyens et de médicaments. «On nous aurait pris pour des infirmiers inconséquents, voire des fous, de nos jours», note-t-il (p 67). Amrouche ressuscite aussi des compagnons comme Ahmed Rouane, Abdelkader Hamiane Brahim Senouci et évoque des ratissages et des bombardements qui souvent touchent les casemates qui abritent les infirmeries qui poussent soignants et malades à fuir et à faire preuve d’héroïsme. Il met aussi en avant le rôle néfaste des harkis, la bravoure du petit peuple des dechrates et déplore quelques écarts de conduite de responsables du maquis qui prenaient des décisions injustes comme l’exécution du moudjahid Ali Djemaâ. Le livre s’achève sur le printemps 1962, mais il ne s’étale pas non plus sur les conflits fratricides qui ont surtout secoué la wilaya 4.
M. Hammoudi