Ce qu’attend le patronat de l’université

De point de vue patronal, il y a un «fossé» entre l’Université algérienne et le monde économique. Plus d’un s’accordent à dire que la formation doit être en adéquation avec les besoins du marché et devra suivre les mutations et l’évolution du secteur économique.

Pour le président de la Confédération nationale du patronat algérien (CNPA), Naït Abdelaziz, il ne s’agit pas d’un choix mais d’une obligation. L’accent, a-t-il dit, doit être mis sur la formation de la ressource humaine laquelle constitue l’élément le plus déterminant dans la réussite de la relance de notre économie et le développement du pays. Celle -ci ne peut être concrétisée, a-t-il fait remarquer, sans le développement de compétences aussi bien sur le plan technique que managérial. Naït Abdelaziz estime que l’esprit d’entrepreneuriat doit être inculqué non pas une fois arrivé à l’université mais plutôt à l’école.
Ce décalage entre ces deux espaces est également déploré par le président de la Confédération des industriels producteurs algériens (CIPA), Abdelwahab Ziani, qui a fait observer que plus de deux millions d’étudiants sont à l’université et plus de 400.000 diplômés enregistrés annuellement ne sont, dans leur majorité, pas réceptifs au niveau industriel. Il a mis l’accent sur la nécessité de créer une passerelle en vue de renforcer la relation entre les deux sphères. Ziani reconnaît que la responsabilité est partagée. «Nous devons nous réunir régulièrement en vue de définir nos besoins en matière de qualification. Aujourd’hui, nous avons du mal à trouver ce que nous recherchons comme qualification. Nous ne trouvons pas de prêt-à-porter. A chaque recrutement, nous nous retrouvons contraints d’assurer des formations pour nos recrues en fonction de notre demande, ce qui nous prend du temps», regrette-t-il,  proposant d’aller vers une formation sur mesure et la réalisation de cahiers des charges reliant l’université au monde économique. Selon lui, l’université devra revoir ces programmes pédagogiques de telle manière qu’ils répondent à la demande industrielle de l’heure. Encore faut-il définir les priorités sur lesquelles la formation universitaire devra  être axée. «Nous connaissons aujourd’hui les entreprises existantes et leurs besoins ainsi que les secteurs stratégiques que le gouvernement aspire à développer dans le cadre de la relance économique. Nous aspirons à développer l’agriculture et l’agroalimentaire. Nous devrions donc  former plus d’agronomes et d’ingénieurs dans la transformation des produits agricoles», a-t-il préconisé, citant l’exemple du développement de l’activité du montage en SKD – CKD. «Pour ce faire, il va falloir former des ingénieurs électroniciens», a t-il ajouté.
Mettre la recherche et l’innovation au service de l’entreprise
La confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC)œuvre, elle aussi, à rapprocher l’entreprise du monde de la recherche et de l’innovation. C’est ce qui lui permettra de «devenir leader dans son corps de métier», a souligné Ryad Brahimi, président de la commission recherche et développement et relation avec l’Université au CAPC. Selon lui, l’entreprise et l’université devront parler la même langue pour donner un élan à l’économie. « L’entreprise doit se rapprocher de l’élite, des chercheurs et des laboratoires pour se développer». Brahimi a fait savoir que CAPC a installé une commission mixte avec l’enseignement supérieur, laquelle s’est déjà réunie trois fois et devra se revoir la semaine prochaine en vue de présenter les premiers travaux. Le rôle de cette commission est «de promouvoir la recherche et le développement au sein de corporate». Il a précisé que le premier projet devra voir le jour incessamment. Plusieurs dossiers sont en étude dont l’organisation des stages des étudiants au niveau des entreprises et la facilitation d’accès pour ces dernières au projet de recherche de l’enseignement supérieur.
Wassila OuldHammouda