Fellini, le maestro, à Alger

La salle de la cinémathèque d’Alger a entamé, depuis mardi dernier, un retour en grandes pompes dans le temple de la magie du cinéma avec la programmation de pas moins de huit films du grand cinéaste italien Federico Fellini (1920-1993).

A raison de deux séances par jour,13h et 15h30mn, cette rétrospective durera jusqu’au 8 avril et verra la projection de  films dont «La Strada» (1954),«Il Bidone» (1955), «Les Nuits de Cabira» (1957),«La Dolce Vita»(1960), Palme d’or à Cannes en 1960,«Huit et demi»(1963),«Juliette des esprits»(1965), «Fellini Roma»(1972) et «Ginger et Fred» (1986).Il ne manque  que «Et voque le navire» (1983) et «Intervista»(1987) pour vraiment illustrer la grande filmographie de cet immense cinéaste qui a marqué son époque. Mais l’essentiel est là, notamment «Dolce Vita» et «Huit et demi», deux films au succès phénoménal, nés du génie d’un conteur exceptionnel d’une Italie éternelle, dépeinte sous plusieurs aspects par Fellini qui déroule la bobine de ses souvenirs. Avec «Dolce Vita», Fellini a rompu avec ses premiers films marqués surtout par l’empreinte du néoréalisme cher à Roberto Rossellini et entama une vision plus personnelle de sa perception du cinéma tout en restant attaché au cinéma italien avec un penchant pour les films à sketchs qu’il reprend avec succès. Ainsi «Dolce Vita» est constitué de plusieurs épisodes d’histoires qui s’imbriquent harmonieusement pour reconstituer une immense fresque sur la vie, la fête, ses excès et les lendemains qui déchantent forcément. Le film ne se raconte pas mais se regarde, il demeure à ce jour un film culte aux yeux des grands cinéastes du monde entier. La fameuse séquence où on voit Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans la fontaine de Travi et reprise au moins dans trois films dont «Nous nous sommes tant aimés» d’Ettore Scola.
Le célèbre acteur Marcello Mastroianni joue souvent comme le double de Fellini dans ses films surtout dans «Huit et demi» où il est question d’un cinéaste en mal d’inspiration à la veille du tournage de son long métrage. Nous retrouvons aussi Mastroianni dans «Et vogue le navire». Le compositeur de film Nino Rota a été aussi un de ses fidèles collaborateurs. Il a signé la majorité des films de Fellini. En parlant de lui, le cinéaste confiait que Rota composait d’instinct, ne voyait  pas les rushs du film et se contentait souvent que de l’histoire telle que la lui contait Fellini. Fasciné par le cirque et le monde des clowns, Fellini sera fasciné  par cet univers fantastique tout comme il sera marqué par le fascisme et sa filmographie  sera témoin de cette période de l’histoire italienne. L’aversion de Fellini pour la télévision est tout autant connue que ses films. Le réalisateur ne ratait d’ailleurs jamais l’occasion de tirer à boulets rouges sur ce média qui selon lui «fait de l’inflation de l’image  à qui il a enlevé toute sa crédibilité».
Abdelkrim Tazaroute