Dalila Boudjemaâ à Horizons : «Le développement de l’économie circulaire figure parmi nos priorités»

 

Le développement de l’économie circulaire figure parmi les priorités de la ministre de l’Environnement. Mais pour prévenir et réduire tous les impacts négatifs subis par l’environnement, Dalila Boudjemaâ revient dans cet entretien sur l’importance de l’implication de toute la société civile pour que sa stratégie puisse donner les résultats escomptés.

 

Quelles sont vos priorités en ce qui concerne la protection de l’environnement ?
Le développement de l’économie circulaire figure parmi les priorités du ministère. Il ne faut oublier que l’environnement est devenu aujourd’hui un axe de développement économique, d’où l’importance du recyclage et de la valorisation des déchets. L’économie circulaire est à même d’apporter une réelle plus value à l’économie nationale et créer de l’emploi. Nous avons entre nos mains une matière première secondaire à récupérer qui peut alimenter nos industries. La biodiversité, c’est aussi une de mes priorités, d’autant plus qu’il existe une loi sur la préservation des ressources biologiques qui n’attend qu’à être mise en œuvre et valorisée. On peut créer des emplois en préservant nos ressources biologiques qui sont aussi importantes pour la recherche, notamment dans la production pharmaceutique. Il reste le problème de la sensibilisation, de la formation et de la vulgarisation des nouvelles techniques sur lequel il faudrait mettre l’accent. C’est pourquoi, il important de renforcer et de multiplier les campagnes de sensibilisation. L’implication, dans ce cadre, de toute la société civile est impérative car la protection de l’environnement est l’affaire de tous. La société civile, à travers les comités de quartier et les associations, peut constituer une passerelle entre l’administration et le citoyen.
Le manque de centres d’enfouissement technique continue de poser problème. Pourquoi ?
Il n’y a pas un manque de centres d’enfouissement technique. L’Etat a beaucoup investi dans ce domaine et il y a des centres à travers l’ensemble du territoire national. Le problème, c’est la mauvaise gestion de ces établissements qui sont des établissements publics à caractère industriel et commercial, sous tutelle des collectivités locales. Le ministère de l‘Environnement a pris en charge la formation de la ressource humaine. Mais, à chaque fois, il ya des changements au sein de leurs équipes. Les centres d’enfouissement, faut-il le rappeler, étaient à la base réservés aux déchets ultimes qui ne demandent aucun traitement et qui par conséquent sont destinés à l’enfouissement. C’est pourquoi nous avons prévu des centres de tri au niveau des CET. Ces structures procèdent au tri sélectif des déchets avant leur enfouissement. Ce qui devait créer des micro-entreprises en fonction de chaque type de produit. Malheureusement, il y a eu une mauvaise exploitation des casiers qui étaient destinés aux déchets ultimes pour préserver leur durée de vie.
Comment comptez-vous lutter contre les décharges sauvages et avez-vous les moyens pour le faire ?
A chaque fois qu’un CET est créé, on procède à l’éradication et à la réhabilitation d’une décharge sauvage au niveau de la wilaya. D’ailleurs, nous avons dans ce sens tout un programme qui devrait se déployer sur l’ensemble du territoire national. Il est, toutefois, intéressant de revenir sur l’origine de ces décharges sauvages qui sont en grande partie générées par le rejet anarchique des déchets. J’ai évoqué l’économie circulaire comme une de mes priorités car ces déchets qui constituent une nuisance aussi bien pour la population que pour l’environnement peuvent se transformer en une matière première qui ne demande qu’à être valorisée. J’ai donné des instructions aux directeurs de l’environnement pour sensibiliser et former les gestionnaires de ces CET afin qu’ils arrivent à s’autofinancer. Etant des EPIC, ils sont appelés à faire rentrer de l’argent à travers ce programme de l’économie circulaire qui consiste à récupérer et à valoriser les déchets.
Pensez-vous qu’il y a un manque de rigueur dans l’application de la loi sur la protection de l’environnement ?
Il y a un manque de rigueur dans l’application de la loi, d’une part, et d’autre part, le problème d’incivilité persiste. C’est pourquoi il est très important de continuer à sensibiliser, à informer et à éduquer pour mieux préserver notre environnement. L’écologie est un combat de longue haleine pour arriver à atteindre les objectifs de la stratégie nationale de l’environnement. Des actions ont été lancées avant mon arrivée à la tête de ce secteur, alors que d’autres sont en cours de réalisation. Je compte bien poursuivre cette dynamique et le travail qui a été fait par mes prédécesseurs. Nous avons remarqué une prise de conscience sur l’importance de maintenir les équilibres naturels, sachant que beaucoup de personnes sont engagées dans cette perspective. Pour aborder les différentes sources de nuisance, nous avons besoin de l’adhésion de tous les citoyens. Car sans la société civile, les associations et les médias pour véhiculer toutes les informations relatives à ce sujet, il est difficile d’atteindre les objectifs tracés par le ministère.
Entretien réalisé par Assia Boucetta