Tourisme : 90% des projets d’investissement sont à l’arrêt !

En dépit de la forte volonté des pouvoirs publics de diversifier l’économie et de faire du tourisme un des moteurs de la croissance, aucun progrès significatif n’a été enregistré.

«Près de 90% des projets d’investissement sont à l’arrêt et ceux en cours accusent un retard considérable», déplore Mawlid Youbi, directeur exécutif de l’Union nationale des agences de voyages (Unav). Toutefois, de l’aveu de certains investisseurs, des frémissements dans l’affectation des assiettes foncières, sans doute les effets induits par la crise sanitaire, ont été relevés depuis quelques semaines. Selon lui, un écart s’est creusé, au fil des années, entre le potentiel touristique du pays et ses performances». «Hormis le segment tourisme hôtelier d’affaires, presque rien n’a été réalisé en matière d’investissements», regrette-t-il. «Pourtant, rappelle-t-il, une démarche stratégique avait été arrêtée et même segmentée dans le champ temporel. «2009 pour le court terme (sans résultats significatifs), 2015 pour le moyen terme (rythme trop lent) et 2025 pour le long terme», précise-t-il. «Sept pôles territoriaux d’excellence touristique avaient été prévus et intégrés dans le Schéma national d’aménagement du territoire (Snat) 2025. Sept ans après, les zones d’expansion touristique (ZET) confirmées par le Snat de 2008 ne sont pas achevées, et encore moins proposées aux investisseurs locaux et étrangers», renchérit-il. Pour l’économiste Mohamed Bahloul, l’obstacle mis en avant par les investisseurs est la gestion bureaucratique du foncier, notamment des lenteurs dans les arbitrages. «Pourtant, la démarche de rattrapage en matière d’infrastructures hôtelières avait prévu la mise en place de 405 zones d’expansion touristique couvrant 53.000 hectares», fait-il remarquer. Dans les faits, fait savoir Mawlid Youbi, une partie de ces ZET n’est pas attractive car les localisations et les équipements sont inadéquats et les procédures d’acquisition trop lentes au regard des délais de remboursement bancaire et de retour sur investissement. «On se retrouve dans une situation où 85% des investissements touristiques se font hors ZET», indique-t-il. Selon lui, «la qualification des ressources humaines et les tropismes sociaux posent problème». L’enseignant-chercheur et expert en tourisme, Mohamed Ziad, pointe du doigt l’engagement tardif du gouvernement en matière d’accompagnement des investisseurs. L’expert estime que l’engagement du gouvernement dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques touristiques intégrées et de régulation et la mise en place des conditions de promotion constituent l’instrument clé de l’aménagement touristique et un facteur essentiel de soutien à la croissance. Le Pr Ziad fait remarquer que depuis l’adoption du Sdat, le tourisme est devenu plus attractif et rentable au terme d’un processus de reconstruction et de rattrapage qui a permis de relancer l’activité et d’accueillir plus de touristes. Toutefois, dit-il, quelques faiblesses ont été recensées lors des diverses assises et réunions organisées par le ministère dont l’absence de lisibilité des produits, une faible qualité des prestations, le manque d’accessibilité au transport et l’inadaptation des services bancaires et financiers au tourisme moderne. «Il est préférable de passer du concept de zone d’expansion touristique à celui de destination territoriale, à même de valoriser le potentiel touristique de chaque territoire en le traduisant en produit touristique labellisé, tout en privilégiant les produits éco-touristiques et éco-responsables», explique-t-il. D’après lui, dans cette approche des pouvoirs publics, les investissements en matière d’infrastructures hôtelières pourraient facilement aboutir et contribuer à la relance du secteur.
Walid Souahi