«L’Université ne doit pas se contenter de former», selon le directeur adjoint du CREAD

Longtemps confinée dans sa mission de formation, l’Université est appelée à jouer son rôle de pourvoyeur d’idées et de solutions pour l’économie nationale qui souffre des effets néfastes de la rente et de décennies d’une gestion administrée. C’est ce qu’a soutenu, ce dimanche, à Alger, le Dr Khaled Menna, directeur-adjoint et maître de recherche au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD).
Selon lui, le salut de l’économie algérienne réside dans l’adoption d’un système d’innovation qui permet de trouver les synergies nécessaires entre différents secteurs. «Dans un premier temps entre le secteur économique et l’industrie avec le montage de projets concrets qui répondront aux besoins, de plus en plus précis», préconise-t-il. Rappelant que l’économie algérienne, étant rentière, souffre de désindustrialisation, il a mis en valeur la réindustrialisation, une des priorités du gouvernement, à court et moyen terme dans son plan d’action du 2020 où figure l’objectif de doublement de la part de l’industrie manufacturière. Pour le Dr Menna, la crise actuelle est très favorable à l’exécution d’un tel programme.  «Le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’économie algérienne révèle qu’en 2019, le rythme de la croissance a ralenti pour la  cinquième année consécutive dans un contexte de mobilisation sociale et de transition politique prolongé, qui a réduit les dépenses des consommateurs et des entreprises», a-t-il renchéri. Selon lui, «le recul structurel du secteur des hydrocarbures s’est poursuivi, marquant un recul de 4,9 % alors que les secteurs hors hydrocarbures ont connu une modeste augmentation de 2,4%en termes réels». Le taux de chômage est resté stable à 11,4 % en 2019, avec la création de 232.000 emplois entre avril 2018 et mai 2019. «La décomposition sectorielle de la croissance économique en 2015 a montré qu’elle a été tirée principalement par les activités du secteur de l’agriculture, sylviculture et pêche (+6,4%), BTP (+4,9%) et celui des services marchands (+5,3%)», a-t-il précisé. Pour le responsable, l’augmentation de la part de l’industrie dans le PIB est tributaire d’une relation dense et active entre l’industrie et la recherche scientifique. D’ailleurs, a-t-il fait remarquer, des expériences étrangères  ont montré que sans un effort considérable en matière de recherche, de développement et d’innovation, appuyé par les investissements étrangers directs, un tel objectif est illusoire. «Selon un classement international en matière de coopération entre R&D et l’industrie, l’Algérie est au bas de l’échelle dans la région Mena et même dans le monde», a-t-il regretté. Le dernier rapport du World Economic Forum (2017-2018) (WEF, 2019) sur la compétitivité des économies place l’Algérie au 125è rang, loin derrière l’Iran (pays à économie rentière) classée94 sur 136 pays. Au plan international, a-t-il enchaîné, les partenariats Université-secteur industriel ont pris diverses formes institutionnelles et les  domaines d’intervention sont variés. «Aux  Etats-Unis, la caractéristique essentielle de la relation Université-industrie est d’être  extrêmement institutionnelle, en raison de  la forte domination de l’entreprise privée dans le champ industriel et de l’existence d’une législation fiscale qui constitue un instrument de promotion de cette collaboration», a-t-il expliqué.
Samira Sidhoum