La Tunisie attirent les exportateurs algériens !

 «La rigidité de la réglementation de la Banque d’Algérie encadrant les exportations a fait fuir les exportateurs, notamment vers la Tunisie où ils peuvent bénéficier à 100% de leur recettes en devises», a expliqué l’expert financier Nabil Djemaâ.

 

Le ministre des Finances a réitéré la volonté des pouvoirs publics de promouvoir les exportations. Pour cela, Aymen Benabderrahmane a annoncé des mesures pour «faciliter la circulation des capitaux de et vers l’Algérie et l’installation prochaine de succursales dans plusieurs pays africains avec qui l’Algérie entretient des échanges commerciaux plus denses». Cette annonce intervient quelques jours après la diffusion d’une note par la Banque d’Algérie relative aux modifications introduites dans la réglementation des changes, en vertu de laquelle les exportateurs sont autorisés à disposer de la totalité de leurs recettes d’exportation logées dans des comptes en devises. Pour l’expert financier Nabil Djemaâ, cette mesure très attendue et réclamée par les exportateurs depuis plus de dix ans est positive. Spécialiste en opérations financières et bancaires, il s’attend à ce qu’elle donne un coup d’accélérateur aux exportations. «La rigidité de la réglementation de la Banque d’Algérie encadrant les exportations a fait fuir les exportateurs, notamment vers la Tunisie où ils peuvent bénéficier à 100% de leur recettes en devises, alors qu’en Algérie, ils n’ont droit de disposer que de 50%, et n’ont pas la liberté d’action», a-t-il expliqué. L’exportateur algérien se trouve souvent en difficulté à cause de la concurrence déloyale des exportateurs de certains pays, qui peuvent payer des commissions en devises pour trouver de nouveaux marchés, contrairement à l’exportateur algérien qui est contrôlé parla Banque d’Algérie», relève-t-il.

Garantir le rapatriement des recettes d’exportation

Djemaâ a souligné l’impératif de se conformer aux pratiques internationales pour motiver les exportateurs et surtout limiter les risques financiers à l’exportation. Selon lui, «l’Algérie, qui aspire à relever les niveaux des exportations hors hydrocarbure à 5 milliards de dollars, doit impérativement prendre des mesures drastiques afin de parer aux risques de non-paiement à l’exportation et assurer le rapatriement des recettes et éviter le non-paiement». Spécialiste en opérations financières, il préconise de lancer des formations pour les exportateurs, dont la plupart ignorent la réglementation du commerce international. «Il faut former les exportateurs sur les normes de paiement international et les normes de garantie pour éviter l’arnaque», a-t-il ajouté. La décision d’ouverture de succursales à l’étranger «va régler en quelque sorte cette problématique. Nous pouvons exiger le paiement avant l’envoi de la marchandise», a-t-il soutenu. Pour éviter les risques de non-paiement, l’expert a recommandé de traiter avec les banques connues sur la scène internationale, d’utiliser les normes du commerce international, notamment les règles et usances uniformes relatives aux lettres de crédit et d’encaissement documentaire et les garanties internationales dont l’Algérie a ratifié le traité en 2006.

Développer un contenu numérique exportable

Selon l’expert financier Souhil Meddah, la mesure de la Banque d’Algérie suscite d’autres interrogations. Il va falloir, a-t-il dit, être plus clair sur la question de l’utilisation des avoirs. «Les avoirs des exportateurs de services seront-ils obligatoirement domiciliés dans une succursale d’une banque nationale à l’étranger ?», s’est-il interrogé. «Ces exportateurs seront-ils obligés d’importer leurs besoins en fournitures et services par leurs propres avoirs en devises, sans compter sur l’apport des réserves de change ?», a-t-il poursuivi. La note de la Banque d’Algérie cite les exportations de prestations de services numériques, services de start-up et des professionnels non commerçants. «Si un exportateur de services fait appel à des services locaux, tels que le débit Internet pour ses besoins d’exportation, se verra-t-il obligé de régler les charges internes en devises, au même titre que les importations de services ? Dans ce contexte, la mesure ne peut avoir une grande incidence sur le plan macroéconomique et n’impactera aucunement le volume de nos exportations, sachant que notre espace de savoir-faire et d’innovation n’offre pas une variété très importante en innovation de services, car s’agissant le plus souvent de modèles étrangers reproduits sous un label national».

«Le rôle des start-up dans le cadre d’un soutien n’est pas uniquement dans le business factuel, mais aussi dans leur apport dans la balance des paiements, et qu’outre les avantages, elles doivent recevoir les retours sur investissements souhaités», a-t-il expliqué. «Les start-up, a-t-il insisté, doivent bénéficier d’avantages fiscaux et monétaires et s’inscrire dans une logique d’innovation actuarielle avec des perspectives pluriannuelles.» «Il est plus intéressant d’accompagner une start-up qui développe un projet dans le domaine des voitures électriques ou sans chauffeur, que celle qui recopie des systèmes de gestion dont le marché est saturé», a-t-il conclu.

Wassila OuldHamouda