Mines antipersonnel : 7 500 victimes de 1956 à 2017

 

Les dernières victimes de l’explosion des mines antipersonnel recensées étaient de la wilaya de Tébessa, à la frontière algéro-tunisienne. Deux enfants, dont l’un est décédé, et une femme ont subi les effets de ces engins.

«De 1956 à 2701, il a été enregistré 7500 victimes, entre morts, blessés et amputés. Ces engins de la mort disséminés par l’armée coloniale française sur le sol algérien, durant la guerre de libération nationale, n’ont cessé depuis l’indépendance de faire des morts et de briser des familles», a témoigné, ce dimanche, le président de l’Association de solidarité des handicapés et victimes des mines antipersonnel de la wilaya d’El Taref, Youcef Rafaï, lors d’une conférence organisée par l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG). «Les frontières Est et Ouest de l’Algérie ont été semées de mines antipersonnel de 1957 à 1960, en pleine guerre de libération, par l’armée coloniale française dans ce qui est appelé les lignes Challe et Morice. Ces armes destructives, qui s’ajoutaient à des lignes électrifiées et à des barbelés, parsemées aux frontières avec le Maroc et la Tunisie, visaient à isoler les maquis de l’intérieur du pays et l’approvisionnement en armes, qui passaient par les frontières», a rappelé l’historien Mohamed Lahcène Zeghidi. Dans ce sillage, à 5 mois du délai accordé par la convention d’interdiction des mines antipersonnel d’Ottawa, le 1er décembre 2016, l’Algérie avait rempli ses engagements. «Le 18 septembre 2017, à la date anniversaire de l’adoption de la convention d’Ottawa, notre pays s’est débarrassé de la totalité de son propre stock de mines, en renonçant à leur utilisation en toutes circonstances», a soutenu le directeur général de l’INESG, Abdelaziz Medjahed.  Depuis l’indépendance, l’Armée nationale populaire s’est investie de la mission de déminage des zones minées ou soupçonnées de l’être bien avant l’adoption du traité  d’Ottawa, 18 septembre 1997. «Quelque 62.000 hectares sur 1000 km de frontières ont été minés par ces munitions de la mort et de la mutilation. Pour l’ANP, ce fut un chantier colossal, achevé par des détachements spécialisés du génie de combat des forces terrestres qui s’est déroulé dans des conditions météorologiques difficiles et des reliefs escarpés», a rappelé Medjahed.

L’urgence de l’accompagnement des victimes

L’assistance aux victimes dans tous ses aspects et les campagnes de sensibilisation aux risques de mines a été l’autre aspect de ce volet. «Les victimes amputées ou mutilées ont besoin de prise en charge socioéconomique et psychologique. La majorité d’entre elles, localisées dans des zones enclavées, sont sans ressources», a fait remarquer le vice-président de l’Association nationale de défense des victimes de mines, Messaoud Lalouani. Les victimes sont bénéficiaires d’une allocation de 18.000 DA, versée par le ministère des Moudjahidine. Un montant dérisoire, selon des témoins. «C’est une somme dérisoire. Il aurait fallu des mécanismes pour insérer ces victimes dans la vie socioéconomique pour qu’elles puissent se prendre en charge. En plus de faire face à un traumatisme psychologique et un handicap physique, elles sont confrontées à la vie quotidienne», a ajouté Lalouani, notant que «des femmes handicapées ont bénéficié de financement de petits projets». Dans ce sillage, le docteur Nalia Hamiche, psychologue au CHU Lamine Debaghine, a insisté sur la prise en charge psychologique des victimes qui souffrent de leur mutilation. «Les amputés, mutilés, portent en eux des séquelles graves. Des blessures enfouies dans leur intérieur qui les empêchent de vivre normalement. Il s’agit également de faire des études à grande échelle pour répondre à leurs besoins matériels mais surtout psychologiques», a-t-elle précisé.

Karima Dehiles