Mohamed Taïbi (politologue) : «Il faut une vision globale pour prémunir le pays des actes subversifs»

Le contenu du communiqué diffusé par la Présidence de la République, à l’issue de la réunion périodique du Haut-Conseil de sécurité, consacrée à l’évaluation de la situation générale du pays sur les plans politique et sécuritaire, «est clair et précis». C’est ainsi que le politologue Mohamed Taïbi a qualifié le document.

«Auparavant, dans la communication officielle, les mots sont bien choisis pour ne pas faire du tort à quiconque. Mais le communiqué qui nous intéresse ici a identifié des parties et renvoie à une situation initiale qui constitue un danger imminent pour la sécurité nationale», a-t-il  expliqué. Evoquant les manifestations populaires qui ont repris en février, après un arrêt momentané à cause des risques induits par la crise sanitaire, Taïbi a mis en exergue l’existence de groupes de personnes qui veulent faire une OPA sur le hirak. «Le mouvement populaire perd, à cet effet, sa légitimité de force de pression sur les pouvoirs publics. Des groupuscules organisés, structurés et financés par des officines à l’intérieur ou à l’extérieur du pays visent à orienter et influencer l’opinion publique pour arriver à ses fins, celle de détruire les institutions de l’Etat et accéder au pouvoir», a encore ajouté l’analyste.
Selon lui, ces parties ne sont plus dans l’opposition. «Elles sont hostiles au changement amorcé et aux démarches du processus enclenché. Cela peut être constaté dans toutes les sorties des leaders de ces groupes, portés par une certaine presse», a relevé Taïbi, qui a souligné que ces personnalités n’ont aucun bagage politique ou intellectuel qui puisse leur permettre de jouer les meneurs. «L’Algérie est face à un grand tournant de la crise politique et à une menace réelle», insiste-t-il.
Selon lui, le hirak est traversé par des courants contradictoires, qui tentent, chacun de son côté, de réinvestir l’espace perdu, et prennent en otage les Algériens. Et de prévenir: «Des scénarios bien rodés et étudiés se préparent et dépassent même ceux qui y œuvrent pour leur concrétisation».
Toutefois, l’expert note l’absence d’un discours institutionnel structuré, ciblé pour contrecarrer le jeu trouble de «ces héros médiatiques».
De ce fait, il estime urgent de mener une stratégie à long terme pour prémunir notre pays de toute menace d’où qu’elle vienne. «Nous sommes démunis contre ce nouveau genre d’attaque. Une approche stratégique et une vision globale à long terme sont des éléments pour prévoir et immuniser la scène politique et l’opinion publique contre ses agitateurs», a-t-il fait remarquer. Pour ce faire, Taïbi propose l’installation de groupes de réflexion et d’experts en sécurité, en géopolitique et autres disciplines pour fournir des données, des analyses et des orientations dans ce sens. «Les services de sécurité et de renseignements ont leurs propres méthodes pour gérer ce genre de situation. Mais pour une meilleure efficacité et des retombées positives à l’échelle nationale et internationale, une stratégie étudiée qui prenne en compte tous les paramètres sociaux, culturels est vital  pour éviter toute confrontation», précise-t-il. Et d’enchaîner : Action-réaction n’est pas la solution».
Karima Dehiles