L’impact dévastateur de la Covid-19 sur la prise en charge des cancéreux

La crise de la Covid-19 a impacté négativement la prise en charge des patients atteints du cancer, a affirmé, ce mercredi, le Pr Mokhtar Hamdi Cherif, directeur du registre du cancer de Sétif.

Ainsi, la plupart des équipes des registres des wilayas ont été versées dans la lutte contre la propagation du coronavirus, ce qui a impacté négativement sur la collecte et l’analyse de données. «La pandémie a beaucoup impacté la prévention à cause du confinement et des retards dans le dépistage et le diagnostic précoce», a-t-il expliqué en marge de la cinquième édition du Salon d’information sur le cancer tenu au Palais des expositions des Pins Maritime à Alger. «La crise sanitaire a aussi poussé les patients déjà malades à fuir les hôpitaux», a-t-il ajouté. De ce fait, il a estimé qu’il faut s’attendre dans les années à venir à une augmentation importante du nombre de malades avec une hausse de la mortalité. Selon lui, plus de 61.000 cas pourraient se déclarer chaque année d’ici 2025. Le responsable a suggéré donc de suivre régulièrement sur tous les aspects cette frange de malades atteints de cancer entre 2020 et 2021 durant cinq ans.
D’après les données du Réseau national des registres de cancer, l’Algérie a enregistré 40.446 nouveaux cas de cancer en 2018, avec une incidence de presque 100 cas pour 100.000 habitants. Pour l’année 2020, leur nombre est beaucoup plus important avec près de 50.000 dont 26.972 femmes.
Le cancer du sein chez la femme vient en tête du classement avec 13.988 cas, contre 12.587 en 2018, suivi par le cancer colorectal avec 3.158 nouveaux cas. Le cancer de la thyroïde est en troisième position avec 1.365 cas, et le cancer du col de l’utérus en quatrième place avec 1.386 cas pour l’année 2020. Pour les hommes, le cancer des poumons est en première position avec 3.339 nouveaux cas, suivi par le cancer colorectal avec 3.242 cas. Le cancer de la prostate est en 3e place avec 3.134 cas, le cancer de la vessie avec 2.410 cas, et enfin le cancer de l’estomac avec 924 cas.  Pour les deux sexes, les cancers du sein et colorectal représentent 40%.
Les raisons d’une hausse des cas
Sur les causes, le Pr Mokhtar Hamdi Cherif pointe du doigt le changement des habitudes alimentaires, la sédentarité, l’obésité, le tabagisme passif et actif et le manque d’exercices physiques. «Il est temps de se pencher sur les raisons qui font  que le nombre de cas dépistés chaque année est en hausse, notamment chez les enfants», a-t-il ajouté. Il a fait savoir que le taux de couverture  par le Réseau national des registres de cancer a atteint les 82%.  «Un taux très honorable en comparant avec celui des pays voisins, et l’Algérie se classe aux côtés des pays européens et des Etats-Unis», a-t-il soutenu. Le défi, selon le professeur, est d’avoir une véritable politique de prévention pour diminuer le taux d’incidence pour les dix prochaines années. Le deuxième challenge est de renforcer les capacités de dépistage notamment pour les cancers les plus fréquents. Il fait savoir que presque 60% des cancéreux se présentent à un stade tardif, voir métastasique. «Si on arrive à instaurer une vraie politique de dépistage, de diagnostic et de prise en charge, le taux d’incidence baissera automatiquement durant les cinq ou dix prochaines années», a-t-il ajouté. Il a enfin plaidé pour le développement de la recherche scientifique puisque le cancer «ne relève pas uniquement de la responsabilité du ministère de la Santé mais de plusieurs autres secteurs».
Samira Belabed