Le Ramadhan approche, la mercuriale s’affole !

 

Au  début de l’année,  des hausses de prix de certains produits alimentaires sont  passées inaperçues. Cela ne semble pas être le cas pour  celles enregistrées ces derniers jours. 

 

Dès les premiers jours de janvier dernier, l’eau minérale embouteillée était devenue plus chère.  Un fardeau de 6 bouteilles de 1,5 L se vendait entre 180 et200 DA au lieu de 150 DA. «L’augmentation variait selon la marque, mais les critères de révision des tarifs restaient flous et  ne répondaient à aucune logique. Toutefois, cela  n’avait pas trop inquiété, car beaucoup boivent de l’eau de robinet ou de source dans les régions rurales», confie le propriétaire d’une supérette, au quartier Ahmed-Faoussi de Réghaïa. Mais brutalement, les prix des produits agricoles et agroalimentaires se sont, à leur tour, envolés à la veille du Ramadhan.

«La flambée des prix est devenue presque une habitude et n’étonne plus personne, mais cette année, elle dépasse tout entendement. Que dire à mes clients et comment expliquer cette cherté. C’est vraiment la déprime», lâche un marchand de fruits et légumes, au marché de proximité situé dans le quartier populaire de Belouizdad, à Alger. «La tomate est passé de 60 et 70 DA et 120 à 150 DA /kg pour celle de qualité supérieure. La carotte est cédée à 70 voire 90 DA /kg. La courgette et le haricot vert sont respectivement vendus à 220 et 350 DA/kg. Les petits pois et les fèves s’écoulent  entre 200 et 100 DA», détaille le commerçant, qui fait remarquer qu’en moins de 3 semaines, ces  prix ont doublé, voire triplé pour certains légumes qui ne sont pas de saison. «La pomme de terre dont le prix se situe entre 60 à 80 DA selon la variété ne dépassait pas, il y a pas moins de 2 mois, les 40 ou 50 DA», renchérit-il.  Pourtant, le marché de Belouizdad, très fréquenté par les Algérois, affiche généralement des prix abordables. Un boucher installé là depuis plus de 20 ans ne cache pas son désarroi : «La viande blanche à laquelle recouraient les petites bourses n’est plus accessible. Mes clients préfèrent s’offrir de la viande rouge, du moment que l’écart s’est beaucoup réduit. Pour 1.000 DA, on a le choix entre un poulet de 2,5 kg et 700 g de viande rouge. Et le choix des ménagères est vite fait.»

Augmentation brutale des prix des viandes

Les prix des viandes blanches et rouges connaissent depuis plus d’un mois une fluctuation  constante qui ne répond pas à l’élémentaire loi de l’offre et de la demande. Au marché Ahmed-Bouzrina, à deux pas de la place des Martyrs, des bouchers, installés dans l’une des allées, affichent des prix différents. Pour expliquer leur cherté,  certains évoquent la qualité et les prix pratiqués par les fournisseurs. Un peu plus loin, un boucher affiche des prix plus élevés. «430 DA le kilogramme de poulet, 850 DA le kilogramme d’escalope de dinde, 1.200 DA le kilogramme de viande ovine et 1.500 DA  pour celle bovine», énumère t-il. Interrogé sur cette flambée, un homme âgé assis à l’entrée d’une boucherie déplore le manque de contrôle. «C’est l’anarchie totale, mais cette année est singulière à tous points de vue. L’un justifie la cherté par le coût du transport, l’autre par le montant de la location, mais dans tout cela, c’est le consommateur qui en fait les frais», indique-t-il.

Pour les produits de mer, c’est le brasier. Le prix de la sardine, le poisson le moins cher, n’est pas retombé. Elle est écoulée entre 1.000 et 1.400 DA/kg, et les consommateurs en achètent pour l’équivalent de 500 ou 600 DA. Pour la crevette, le merlan ou l’espadon, circuler il n’y a rien à voir. «Je pense que je vais changer de métier. Nous n’arrivons plus à écouler nos produits», se plaint un pêcheur-vendeur au marché de Belouizdad.

La déprime des détaillants

Les commerçants de détail peinent à concilier entre les prix d’achat et de revente. Interrogé sur la disponibilité des produits alimentaires, la propriétaire d’une superette à Tizi Ouzou confie qu’elle évite de soutenir le regard de ses clients. «Les familles qui avaient l’habitude d’acheter fromages, yaourts, chocolats et autres friandises y ont renoncé. Elles se contentent désormais de produits de première nécessité. Si la situation persiste, je finirais par mettre la clé sous le paillasson», se plaint-elle. Et d’ajouter : «Les produits ne manquent pas, ce sont plutôt les prix qui ne sont pas stables. Chaque jour, quand je en m’approvisionnant, une surprise de taille m’attend.» «Le bidon de 5 litres d’huile de table ne dépassait pas les 600 DA depuis 2011 lorsque les prix ont été plafonnés par l’Etat. Aujourd’hui, le même bidon est cédé à 750 DA et dans le marché de gros, il est à 600DA», rappelle-t-elle. Elle poursuit la lassante litanie. «Le prix des pâtes alimentaires de 50 DA /le paquet est passé à 75 DA. Le couscous frôle les 150 DA le kilo contre 100 DA il y quelques semaines. Les jus et autres boissons gazeuses sont vendus plus chers, une hausse de 2 à 3 DA dans le marché de gros et de 5 à 10 chez le détaillant», énumère-t-elle. Les  prix des produits alimentaires et agricoles différent certes d’un quartier à l’autre, mais la flambée est brutale et générale.

Karima Dehiles