Mémoires de sportifs, un filon inépuisable

Quand Hamid Grine publia, en 1986,  son livre, «Lakhdar  Belloumi, un footballeur algérien», sa démarche paraissait quelque peu singulière dans un champ éditorial bien balisé. L’ouvrage était une sorte d’exception dans les librairies où, hormis les romans, les recueils de poésie les autres genres peinaient à trouver de la place.
Mais le livre, dans l’euphorie des résultats réalisés par l’équipe nationale qui venait de prendre part à deux éditions de la Coupe du monde, se vendit bien. D’ailleurs, avant de passer à l’écriture romanesque, Grine écrivit ensuite deux livres sur le sport dont l’un retrace l’épopée de l’Entente de Sétif qu’évoquera, également, un peu  plus tard,  Hamouda Laidaoui. Depuis, beaucoup de sportifs ont pris la plume pour parler d’eux-mêmes, de leurs carrières, des clubs et du sport qui reste un domaine où s’imbriquent des intérêts financiers et politiques. L’histoire ancienne ou récente du pays n’est pas seulement celle de combats politiques, de procès et de répression. Elle est aussi artistique et sportive, deux domaines qui furent  toujours un révélateur de la combativité d’une société et d’enjeux politiques.  Mais comme les artistes, la majorité  des sportifs n’étaient pas familiers de l’expression écrite. Ils jouaient puis raccrochaient et se faisaient oublier. Il n’y avait pas encore de plateaux télévisés pour exercer comme consultants. Pourtant, dans l’imaginaire social, le sport avait une place prépondérante. Ainsi, le romancier Rachid Boudjedra a toujours accordé une grande place à des champions (Alain Mimoun, Lalmas) et dans ses romans «Le vainqueur de coupe» et dans «La vie à l’endroit», le fameux supporter du CRB Yamaha était au cœur du récit. Cela transparait aussi dans la série télévisée qu’avait consacrée Rabah Saâdallah au noble art. L’enfant de La Casbah  avait raconté aussi «les gloires du passé» et «les splendeurs du Mouloudia».
 Colères et frustrations
Outre les mémoires, on trouve des livres sur l’histoire de clubs comme ceux écrits par Lahcene Belahoucine «Il était une fois la saga hamra du Mouloudia d’Oran », Mustapha Rafai sur la JSK ou Abdenour Belkheir sur le Mouloudia d’Alger. Ould Makhloufi, le grand boxeur,  a retracé sa saga dans un livre mais, dans ce panorama, beaucoup de vedettes du foot ou d’autres disciplines sont oubliées. Le dernier sportif  en date à avoir déroulé le fil de sa mémoire est Mehdi Cerbah, l’un de nos meilleurs gardiens de but qui a présenté, jeudi dernier, à la librairie du Tiers monde, ses mémoires éditées par Apic éditions. Avant lui, Lalmas, une autre légende du football algérien mais aussi Hamid Zouba ont relaté leurs parcours, rappelé les échecs et les victoires de leurs clubs et, au-delà, révélé la place du foot dans leurs vies et dans le pays où ce sport a dans un premier temps fut un levier politique avant de devenir, depuis quelques années, un espace de magouilles et de gros intérêts. L’Algérie a compté tellement de bons footballeurs comme les Seridi, les frères Salhi, Hadefi, Tahar, Gamouh, Madjer et de grands clubs  que le filon peut paraître inépuisable. Le footballeur n’est pas seulement un virtuose sur le terrain mais c’est aussi le défenseur de couleurs comme durant la période coloniale où le football était un espace de confrontation entre clubs « indigènes » et les équipes européennes ou plus tard quand les stades furent des déversoirs de colères contre les politiques des dirigeants ou l’exutoire de frustrations de la jeunesse. A l’heure où l’on assiste à une fringale d’écriture chez les Algériens, les témoignages de sportifs peuvent se révéler intéressants et instructifs. La sociologie du sport est multiforme. Les travaux peuvent concerner autant les biographies, les clubs que les enjeux financiers. Elle a ce grand mérite de raconter et de révéler de petites et parfois fascinantes histoires qui éclairent la grande.
Hammoudi R.