Abdelkader Soufi, chercheur dans les questions stratégiques : «La doctrine de l’institution militaire mise en avant»

«L’Algérie considère que la stabilité et la sécurité de son voisinage sont directement liées à sa sécurité», a déclaré le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire lors de sa rencontre avec le chef d’état-major des armées françaises.

Saïd Chanegriha a indiqué que «d’énormes efforts sont consentis par mon pays à travers l’adaptation des dispositifs militaires tout le long des frontières, en vue de concrétiser la stabilité dans les pays de l’espace méditerranéen». Il a, dans ce sillage, affirmé que «l’Algérie n’a pas lésiné sur les initiatives et le soutien en direction de ses voisins pour coordonner les efforts sur la base d’une vision commune, à travers le mécanisme de Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc)».
L’Algérie apparaît, en somme, comme un médiateur indispensable pour la stabilisation de la région qui souffre de plus en plus de l’insécurité et de l’interférence de parties extérieures.
Pour Abdelkader Soufi, docteur et chercheur dans les questions stratégiques et sécuritaires, la déclaration du chef d’état-major constitue une vision très claire de la doctrine nationale de l’institution militaire qui tient à la stabilité du voisinage dans l’intérêt de notre pays. «Les efforts déployés par notre armée pour maintenir l’ordre tout le long de nos frontières tout en soutenant les pays voisins à recouvrer leur stabilité reflètent la perception doctrinale de l’Armée nationale», renchérit-il. Selon lui, affirmer que l’Algérie prend en considération la stabilité de ses voisins constitue aussi un double message à l’externe. « C’est une manière ainsi de rappeler que le pays a les moyens et les capacités de veiller sur la sécurité de ses frontières et peut faire face à toute menace qui pourrait intervenir et toucher l’Algérie ou les pays frontaliers», a-t-il ajouté. Pour lui, il faut aussi garder à l’esprit que nous n’avons pas que des frontières terrestres. «Il n’est donc pas étonnant d’entendre le chef d’état-major évoquer la stabilité de l’espace méditerranéen, sachant que l’Algérie partage ce bassin avec des Etats des deux rives», soulignant l’intérêt de faire de cet espace une source de paix et de stabilité. «L’Algérie a, également, dans ce contexte tous les moyens maritimes pour faire face aux différentes menaces dont la lutte contre la contrebande, le terrorisme, le crime organisé, le flux migratoire… Il faut savoir que la menace peut, aujourd’hui, prendre différentes formes. Elle n’est plus l’ennemi classique», a-t-il expliqué. Evoquant la coopération militaire algéro-française en matière de lutte antiterroriste, le Dr Soufi affirme que «tous les Etats de l’espace méditerranéen doivent échanger des informations et s’entraider pour faire face à ce type de menace, et éradiquer toute forme de radicalisme susceptible d’envenimer la situation dans la région et de mettre à mal les Etats et les populations». Selon l’expert, la France est appelé à revoir sa politique aussi bien dans le bassin méditerranéen que dans le Sahel étant donné que la situation a profondément changé et les Africains ont plus tendance, aujourd’hui, à chercher des solutions africo-africaines au sein de l’Union africaine (UA)». De l’avis du Dr Soufi, «la diplomatie algérienne a largement contribué à redynamiser l’action de l’UA qui est, désormais, capable de prendre en charge les problèmes des pays membres. Ces derniers ne peuvent, de toute évidence, rester sous la tutelle française». Pour lui, la France demeure la bienvenue en tant que partenaire. « Mais le temps de la conquête est révolu».
Assia Boucetta