Film «El Boughi» : L’impossible amour

Le film «El Boughi» du réalisateur Ali Aissaoui, encore inédit dans les salles en raison de la pandémie de la Covid-19 a été diffusé, dans la soirée du vendredi, sur Canal Algérie dans l’émission « Ciné-Thématique » d’Amir Nebbache.

Le film est une plongée dans le passé de Constantine  vers la fin du règne ottoman et le début de la colonisation française qui servira de cadre historique à une belle histoire d’amour entre un poète et chanteur bônois et une belle jeune fille bourgeoise de la ville. Le décor d’un amour impossible est ainsi planté. Les histoires d’amour finissent mal en général dit-on et c’est dira-t-on un bon élément dramaturgique qui se devait d’être traité avec toute la finesse qui se doit. Le projet en lui-même est fort ambitieux. Le scénario de Said Boulmerka restitue le contexte historique du déroulement de cette idylle dans une Algérie sous l’emprise ottomane et qui fait face au début de la colonisation avec notamment le siège de Constantine où la résistance menée par le Bey Ahmed a réussi au début à repousser les tentatives d’occupation  du maréchal Clauzel.
Dès l’ouverture, le film donne à voir que le traitement de cette belle histoire sera finalement minimaliste pour des raisons évidentes de manque de moyens et d’ambitions artistiques. Qu’à cela ne tienne. L’option est acceptée par le téléspectateur qui suit le déroulement linéaire de l’intrigue rendue populaire et célèbre par la chanson «El Boughi» qu’interprète avec brio l’immense El Hadj Mohamed Tahar Fergani. Nous retrouvons dans les rôles principaux Abbas Righi, un chanteur campant le personnage de Saad Djaballah et Sara Laâlama, celui de la belle Nedjma, objet de toutes les convoitises.
Il est connu que les films de reconstitutions historiques sont difficiles à mener et qu’il faut vraiment être ingénieux pour contourner tous les obstacles qui se présentent lors de la réalisation. Mais il faut faire avec et Aissaoui réussit par moments à accaparer notre regard, un peu convaincu que l’essentiel réside dans la poursuite de cette belle histoire. Le coup de foudre entre Nedjma et Saad est plutôt rendu fascinant grâce à la sublime voix de Saad qui s’est lancé dans l’interprétation réussie d’un morceau du répertoire du malouf. Les regards entre les deux tourtereaux relèvent de la magie du cinéma. Le film mêle la grande Histoire avec celle de l’amour foudroyant mais naissant entre Nedjma et Saad avec la complicité de la servante de la belle riche.
Le quotidien des Constantinois est visualisé avec des scènes de marché et surtout de cafés et de soirées musicales. La guerre contre l’envahisseur est à peine évoquée de temps en temps, juste comme rappel du contexte historique. Saad qui a eu une preuve d’amour de Nedjma qui lui a offert une mèche de ses cheveux est depuis menacé de mort par la bande d’un rival tout autant épris de la belle. Il s’éloigne de Constantine durant trois ans mais ne résiste pas à la douleur de l’éloignement. Ilse rend camouflé chez elle lors de la célébration d’une fête, la séduit une dernière fois avec sa belle voix et périt devant ses yeux, touché par un coup de couteau mortel. Même avec les insuffisances relevées, «El Boughi» se laisse voir et entendre grâce à de belles échappées musicales de haute voltige.
Abdelkrim T.