Abdelouahed Kerrar, président de l’UNOP à Horizons : «Nous devons aller rapidement vers l’export»

Le président de l’Union nationale des opérateurs pharmaceutique (UNOP)met en avant, dans cet entretien, les avancées enregistrées dans le domaine de l’industrie pharmaceutique qui  permettent à  l’Algérie de faire partie, au niveau régional, parmi les fabricants respectés. Abdelouahed Kerrar évoque aussi les ambitions et les contraintes du secteur.
 Le Premier ministre a souligné la détermination des pouvoirs publics à mettre en place une véritable industrie pharmaceutique. Quelles doivent être les priorités du secteur ?
Grâce à la politique menée depuis plus de dix ans et les investissements importants consentis, notre pays est considéré comme un fabricant de médicaments régional respecté. Nous avons pu faire face à la pandémie de la Covid-19 en utilisant nos propres ressources en médicaments, masques, oxygène et autres produits entièrement locaux. L’Algérie peut compter sur son tissu industriel pharmaceutique pour faire face aux urgences sanitaires, concrétiser sa politique de santé publique et, enfin, aller conquérir, dans un avenir proche, nous l’espérons, les marchés extérieurs. Les priorités peuvent être considérées d’abord  sur le plan interne. Des décrets et des arrêtés ont été promulgués en un très court laps de temps, mais il faudrait finaliser le cadre réglementaire pour qu’il puisse accompagner efficacement le développement de notre industrie pharmaceutique. Certains obstacles bureaucratiques, tels que ceux liés au CNI, à l’accessibilité aux avantages de l’ANDI, devraient être vite levés pour libérer l’énorme potentiel de nos entreprises. La coopération indispensable entre le monde universitaire et l’industrie pharmaceutique doit s’intensifier. D’ailleurs, nous nous attelons à l’UNOP à organiser une rencontre annuelle entre porteurs de projets dans le domaine de l’industrie pharmaceutique avec les entreprises et les banques. D’autre part, nous devons nous tourner rapidement vers l’export pour assurer la pérennité de nos entreprises et contribuer à diversifier nos sources de rentrées de devises. A ce propos, le cadre réglementaire du contrôle de change doit être revu pour permettre à nos entreprises d’être concurrentielles.
Quel sera l’apport de l’industrie pharmaceutique au développement et à la croissance économique du pays ?
Le développement rapide de notre industrie pharmaceutique a permis à notre production de se substituer progressivement à l’importation. Les extrapolations des statistiques IQVIA au troisième trimestre 2020 montrent qu’en chiffre d’affaires et au cours de change actuel, la production est arrivée à couvrir 63% de la consommation nationale et 78% en volume. Ce formidable développement a contribué à faciliter l’accessibilité des Algériens aux médicaments, diminuant ainsi la facture des importations, tout en allégeant les dépenses de la Sécurité sociale. Des milliers d’emplois directs et indirects ont été créés, notamment au profit des jeunes universitaires. Toutefois, il ne faut pas se contenter de ces résultats, mais prendre la mesure des défis à relever et du long chemin à parcourir. En considérant que les solutions à apporter sont les bonnes, la variable d’ajustement déterminante est le temps de leur mise en œuvre.
On parle de fabrication de vaccins contre la Covid-19 en Algérie. Est-ce utopique ou faisable ?
Plusieurs ministres et le groupe Saidal ont annoncé la fabrication du vaccin contre la Covid-19  au courant du deuxième semestre 2021. Au vu de la sensibilité du sujet et du niveau de responsabilité de ceux qui ont fait ces annonces, la faisabilité industrielle et technologique de la chose a été certainement vérifiée. Comme pour la biotechnologie, la fabrication de vaccins au sens large est une entreprise de longue haleine qui nécessite un plan d’action et des investissements spécifiques.
Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda