Mahdi Bouguedoura, exportateur de dattes à Horizons : «La cherté du produit est liée à la désorganisation de la filière»

 La consommation de la datte augmente particulièrement durant le mois de Ramadhan et les célébrations des fêtes religieuses. Malgré la forte production enregistrée durant ces deux dernières années, son prix reste relativement élevé au regard du pouvoir d’achat du consommateur. Ce paradoxe reste lié, selon les opérateurs à «la mauvaise organisation» qui caractérise la filière phoenicicole. Dans cet entretien, Mahdi Bouguedoura, président général de Green Palm, investisseur et exportateur de dattes met la lumière sur le potentiel inestimable dont regorge notre pays en ce produit et les perspectives de son développement.

 

Le secteur agricole en Algérie a connu un bond non négligeable durant la crise sanitaire. Qu’en est-il de la production des dattes à la veille du Ramadhan ?
La production a fortement augmenté cette année, en plus de quantités invendues de la dernière saison en raison de la pandémie justement. Souvenez-vous de la décision de fermeture des frontières et interdiction d’exporter les produits agricoles. Elleest intervenue en pleine campagne, c’est-à-dire avant le mois du Ramadhan. Les agriculteurs et revendeurs n’ont pas pu écouler leurs marchandises. Cela a été, certes, à l’origine d’un déséquilibre, mais a freiné certaines pratiques commerciales illégales. Cette disposition qui s’imposait a impacté lourdement la filière. D’ailleurs, il y a eu cafouillage, puisque la marchandise livrée est restée bloquée au port d’Alger. Fort heureusement la situation a été régularisée, mais les exportateurs n’ont pas pu respecter leurs engagements et des quantités considérables sont restées stockées. Toutefois, la situation a été régularisée et les revenus des exportations en 2020 ont été considérables.
Vous dites que l’offre, cette année, est assez abondante. Est-ce que cela aura des répercussions sur les prix ?
Le consommateur aura un large choix de dattes, selon ses préférences et son budget. L’Algérie compte une gamme variétale des plus nobles et plus de 300 variétés. Cela  permettra  une grande élasticité des prix due aux écarts de qualité. Toutefois, le problème du prix final destiné au consommateur, qui  reste relativement cher en comparaison avec le pouvoir d’achat d’une large catégorie, est lié à une mauvaise organisation de la filière, et l’implication des intermédiaires qui ne sont pas professionnels. Ces derniers visent le gain facile et rapide et n’hésitent pas à répercuter  les pertes sur le prix de vente. La chaîne de production et d’approvisionnement n’est pas assurée par les professionnels et c’est le problème de toutes les filières agricoles, outre l’absence de coordination et de synergie entre eux. Le programme mis en œuvre par le ministère du Commerce, qui consiste en l’ouverture de marchés de proximité dans les communes, permettra de stabiliser les prix. Les producteurs vendront directement leurs produits à des prix accessibles. Durant le Salon qui sera ouvert à la Safex durant le mois de Ramadhan, Green Palm, propose Razan Dattes de qualité supérieure, à un prix attractif, soit 250DA le kilogramme. Par ailleurs, je trouve regrettable que ce fruit aux vertus incomparables, prouvées par les études médicales, ne soit pas encore ancré dans les habitudes de consommation quotidienne chez les Algériens. Green Palm a pour objectif de rapprocher le consommateur algérien avec les trésors de son terroir en lui proposant tout au long de l’année des variétés de qualité à des prix abordables
Depuis quelques années, la filière est marquée par un certain dynamisme qui se traduit par un accroissement conséquent des quantités exportées. Quelle est la place de la datte algérienne sur le marché international?
Effectivement, la filière datte a une importance socio-économique en Algérie, elle nous rapporte en export. C’est un flux de marchandises. Malgré les contraintes liées à la pandémie, nous avons réalisés, en 2020,  un montant de 71 millions de dollars générés par  l’exportation de dattes. Une tendance haussière par rapport à l’année 2019, où les exportations ont généré 61 millions de dollars. l’Algérie occupe une place importante parmi les pays producteurs et exportateurs dans le monde. Elle détient 11% de la richesse du palmier dans le monde. Elle se classe en première place en termes de qualité grâce à 11variétés exportables, notamment Deglet Nour. En termes de poste d’emploi, elle génère près de 3 millions de  postes d’emploi, dont 1,5 million directs, sans parler de l’emploi parallèle, des services liés à la filière, comme fabricants d’emballage, sociétés de traitement, phytosanitaire, commercialisation des équipements industriels.
Justement, le salon Sidabech a axé, cette année, sur l’aspect technique de la filière. Qu’en pensez-vous ?
Le Salon de la filière datte Sidabech international a été dédié cette année à l’aspect technique et technologique de la filière. Cela inclue la transformation et la mise en valeur du produit agricole.
La technicité et le savoir-faire algérien sont de renommée mondiale. Nous avons maintenu le même procédé dans la réalisation de la pâte de datte, la même que celle utilisé dans les années 1930, c’est-à-dire 100% bio. Nous sommes les seules à maîtriser ce savoir-faire, qui ne requiert aucun conservateur ni additifs. Nous avons développé une technique qui est performante et diététique. Elle a un attrait immense chez les pays du Golf, qui cherchent à en profiter. On est classé les premiers dans le domaine de transformation des dattes.
Par ailleurs, nous avons développé également plusieurs produits à base de dattes et ses dérivés, notamment le sucre, l’alcool, grâce à l’implication des universités et centres de recherches
En termes d’emballage et d’étiquetage, sommes-nous dépendants de l’importation ?
Il y a des fabricants très performants en termes de réalisation d’emballage, qui requiert une matière importée effectivement. L’Algérie n’est pas producteurs de papier, une industrie qui nécessite d’importantes ressources hydriques. Ce n’est pas une défaillance pour autant. Cependant, les programmes mis en œuvre par le gouvernement et les opérateurs, sont des plus concrets et des plus réjouissants, notamment dans le domaine de la transformation et de l’emballage. Outre cet aspect, il s’agit également  de l’élaboration de la cartographie des sites de culture pour assurer leur protection, la modernisation de leur conduite, création de nouvelles unités de valorisation et de stockage. Toute cette stratégie permet la hausse de la production et la qualité des produits. Cela augure, bien évidemment, d’un avenir des plus prometteurs pour la filière phoenicicole.
Entretien réalisé par Samira Azzegag