Enseignement des mathématiques à l’Université : Une discipline boudée

Chaque année, les nouveaux bacheliers, dont 19% sontdétenteurs d’un bac mathématiques, se montrent réticents à poursuivre des études de mathématiques. 4,5% seulement d’entre eux optent pour la filière ou l’informatique.

L’Algérie n’est pas un cas particulier. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Abdelbaki Benziane, a rappelé ce constat à l’ouverture, jeudi dernier, du séminaire «Les mathématiques pour les sciences d’ingénierie», organisé à l’Ecole nationale polytechnique d’El Harrach(Alger).Selon lui, l’Unesco a même lancé une alerte pour remédier à la situation de désertification du domaine de l’enseignement des mathématiques. La consécration par l’Unesco du 4 mars comme Journée internationale des mathématiques ,depuis le 19 novembre 2019,est pourtant un indice sur le rôle fondamental des mathématiques qui s’avèrent un outil majeur dans la réalisation des objectifs de développement durable tracés parles Nations unies.
«Les mathématiques sont également présentes dans les sciences sociales et humaines, et les domaines performants qui utilisent les solutions mathématiques sont nombreux», a souligné le ministre qui a évoqué «la sécurisation des communications, la standardisation des appareils d’imagerie médicale, le développement de dispositifs et de machines d’intelligence artificielle». Benziane a mis en exergue leur contribution à l’amélioration des services de transport, des systèmes sociaux, la réduction de la propagation des épidémies, la planification dans les systèmes de santé, la compréhension des risques de catastrophes naturelles.
Quelques indicateurs révèlent une vraie désaffection pour les maths. En Algérie, 24% des titulaires d’un baccalauréat maths choisissent de poursuivre des études dans la filière. «Par contre, le ministre a fait remarquer que 90%des bacheliers du lycée des mathématiques de Kouba, Alger, optent pour les sciences médicales ou autres».
Est-ce à cause du caractère classique des 54spécialités proposées pour les bacheliers mathématiques ? «10 % seulement sont modernes et concernent le codage et les mathématiques financières», a relevé le ministre qui n’a pas manqué de mettre en avant les efforts fournis pour «ramener» les étudiants vers cette filière mal aimée.
Bourse d’excellence pour ceux qui choisiront les maths
Benziane ne perd pas pour autant espoir. Selon lui,4.343 chercheurs dont 50% de doctorants sont répartis sur65 laboratoires de recherche en mathématiques. «La disponibilité de plusieurs jeunes en formation garantissent le dynamisme de cette science et son futur développement dans notre pays », s’est-il félicité.
En termes de production dans le domaine, l’Algérie a recensé, durant les dix dernières années,4.650 travaux finalisés qui lui ont permis d’occuper la 40e place dans le monde et de se situer dans le Top 3 des pays africains. «L’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediène est classée au premier rang, suivie des Universités d’Annaba, de Sidi Bel Abbès et de Tlemcen», a fait savoir le ministre.
Pour entrevoir un meilleur avenir, le ministère a déjà entrepris la révision des modalités d’orientation vers le domaine des mathématiques des titulaires d’un baccalauréat général et mathématiques à partir de la prochaine rentrée. «Une bourse d’excellence sera attribuée aux étudiants qui choisiront les mathématiques. Le projet inscrit dans l’avant-projet de loi relatif aux principes généraux de l’enseignement supérieur est en cours de finalisation et sera effectif dès l’année prochaines», a annoncé le ministre. Ce dernier a également plaidé pour une coordination avec les différents secteurs en vue d’établir les listes des professions qui existent ou à développer et dont la formation de base implique les mathématiques. D’autres décisions seront prises notamment la création au sein du nouveau pôle technologique de Sidi Abdallah d’une école supérieure en intelligence artificielle.
Karima Dehiles