Prétendue pénurie des produits de première nécessité : Fake-news et lobbies, un cocktail détonant

La propagation de rumeurs de pénuries a joué un rôle négatif sur le marché en poussant les citoyens à s’approvisionner en masse, créant ainsi une pression inutile sur certains produits.

Que de rumeurs ! Des pénuries alimentaires sont annoncées à la veille du Ramadhan. Sur les réseaux sociaux, les «fausses informations» se diffusent bien plus vite et que les vraies. De la perturbation dans l’approvisionnement en huile végétale à la crise de la semoule en passant par celle du sucre, les alertes se multiplient. Faut-il les prendre au sérieux ? Non, selon le   président de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca), Hadj Tahar Boulenouar, qui écarte toute éventuelle pénurie  de produits de large consommation en mettant en avant «une disponibilité en abondance». Mais le responsable regrette l’absence de la culture de consommation chez les ménages à l’approche du mois sacré. «Les ménages se pressent à s’approvisionner en grandes quantités. Les achats impulsifs se font plus par réflexe que par nécessité. De cette manière, les consommateurs contribuent à créer une situation de pénurie à leur insu», alerte-t-il. Et d’enchaîner : «Il est regrettable qu’ils réagissent sans vérification aucune après chaque publication sur les réseaux sociaux annonçant une pénurie de tel ou tel produit souvent infondée. Et pourtant, le ministre n’a jamais cessé de rassurer sur la disponibilité des produits de première nécessité au-delà même du mois de Ramadhan.»
En effet, dans un entretien à l’APS, le ministre a indiqué, en mars dernier, que les secteurs concernés avaient pris les mesures nécessaires pour assurer la disponibilité des produits sur les marché durant le mois de jeûne, précisant que 1,6 million de tonnes de fruits et légumes, 24.000 tonnes de sucre et 25.000 tonnes d’huile devraient être mises sur le marché durant le mois sacré.
A propos des rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux, Boulenouar y voit une sorte de «manipulation» pour  créer un déséquilibre entre l’offre et la demande. Il y voit, également, une manière pour certains spéculateurs de créer une situation de pénurie imaginaire afin d’inciter les consommateurs à des achats frénétiques pour mieux écouler leurs marchandises. Dans ce sillage, le représentant des commerçants évoque la toute récente alerte sur une probable pénurie de semoule. «C’est vraiment insensé. Nous sommes en contact permanent avec les minoteries qui nous ont assuré de la disponibilité de ce produit. Nous avons un stock de 200 millions de paquets d’un kilo de semoule qui suffit pendant, et même après, le Ramadhan. Ces stocks peuvent tenir 5 mois ou plus», soutient-il.
De ce fait, le responsable s’interroge sur le rôle des associations des consommateurs dans la sensibilisation aux bonnes pratiques de consommation. «Elles doivent jouer leur rôle pour modérer les ardeurs en matière de consommation. Malheureusement, on n’en est pas là.  Elles réagissent uniquement quand il y a hausse des prix», regrette-t-il.
Une question de factures
Le président de l’Association de protection du consommateur El Aman, Hacène Menouar, ne croit pas , lui non plus, à une  pénurie, mais plutôt à «la faillite de l’Etat en ce qui concerne la régulation du marché». «Il n’y a aucune pénurie des produits alimentaires. Il s’agit d’une perturbation causée par la non-maîtrise du marché»,  affirme-t-il. A l’en croire, la propagation de rumeurs de pénuries a joué un rôle négatif sur le marché en poussant les citoyens à s’approvisionner en masse, créant ainsi une pression inutile sur certains produits. Tentant d’expliquer ces rumeurs, il estime qu’elles pourraient avoir comme origine une entente entre certains producteurs et distributeurs «malintentionnés» pour faire pression sur les pouvoirs publics au sujet de l’obligation de facturation de toute opération commerciale.  «Il y a des lobbies qui veulent aussi porter atteinte aux producteurs locaux à des fins politiques», dit-il, rappelant que les réseaux sociaux ont un impact considérable sur l’opinion publique.  Il indique que l’image du pays à l’extérieur est ternie par ce genre de rumeurs. Comme solution, il préconise que les  ministères concernés aient une communication convaincante, scientifique, intelligente et sereine «pour regagner la confiance du peuple».
Amokrane H.