Saison bénie des radios et télés

Elles aussi ne semblent attendre que ce mois pour séduire le téléspectateur et l’auditeur que tout le monde va se disputer comme une proie. Pour les radios et les télés, le Ramadhan est vraiment une saison bénie. Elles se parent comme des séductrices qui redoublent d’astuces pour nous mettre le grappin dessus. Elles rivalisent de programmes et d’émissions comme si le Ramadhan était pour chacune d’elles une épreuve à réussir, un rendez-vous à honorer. Elles mettent du temps à préparer une grille spéciale pour un mois qui est différent des autres. Elles savent que les gens sont plus disponibles et que faute de loisirs à l’extérieur, elles se proposent comme des bouées de sauvetage, des campagnes de jour et de nuit  qui se plieraient en quatre pour satisfaire la moindre curiosité. On aura beau railler la futilité  par ci, la débilité ailleurs, à l’heure où retentit l’Adhan on ne peut tourner le dos à l’écran. Le sketch arrive avec la Chorba et dans la nuit opaque, les ondes de la radio font embarquer  loin. Séductrices, manipulatrices mais surtout calculatrices, elles n’ignorent pas le meilleur d’entre les mois est celui ou augmente le profit. Rien ne se perd. Tout se voit, s’achète et se consomme. Certes le temps où les postes trônaient dans les salons et que l’on attendait le début des programmes avec impatience est révolu. La radio et la télé associées à l’annonce d’événements qui ont rythmé la marche du monde sont reléguées au rang de médias antédiluviens. Qui aurait maintenant l’idée de lancer un appel à la guerre ou à la résistance par radio dans un univers saturé d’images vues et commentées à la vitesse de la lumière ? Mais revanche des vaincus, le plus impitoyable des concurrents, Internet redonne vigueur et visibilité à deux médias trop vite condamnés et enterrés. Il y a longtemps qu’on a prévu une mort qui tarde quand elle ne rebrousse pas chemin. Pendant tout un mois, des yeux seront rivés et des oreilles seront tendues vers elles pour se distraire, s’instruire ou capter les pulsations du monde. Pas seulement. Avec le bouquet de radios locales et de télévisions de tous horizons, des échos vont remonter des coins les plus reculés comme si les radios et télés ont fait du monde un vaste champ où se télescopent les langages, les passions et les imaginaires. Les écrans et les postes vont élire domicile partout, illuminant de leurs images nos veillées et les ondes vont répandre  chants et paroles. Les chaînes vont nous enchaîner.
R. Hammoudi