Observatoire national de la société civile : Les associations souhaitent une institution crédible

Le président de la République a signé, lundi, le décret présidentiel portant création de l’Observatoire national de la société civile.

Conformément aux dispositions de la Constitution, l’Observatoire national de la société civile est un organe consultatif placé auprès du président de la République. Il émet des avis et recommandations relatifs aux préoccupations de la société civile. Interrogé à propos des missions assignées à cette institution, le président exécutif de la Fédération nationale des consommateurs, Mohamed Toumi, a qualifié l’observatoire de «trait d’union» entre les pouvoirs publics et le mouvement associatif. «Il sera le récepteur des préoccupations et doléances des différentes forces de la société qui pourront s’organiser et s’exprimer autour des questions relatives à la vie sociale, économique, culturelle…», a souligné Toumi. «C’est un outil pour renforcer le rôle des associations quel que soit leur domaine d’activité. Il s’agit également de promouvoir l’ancrage de la société civile dans la vie citoyenne et les politiques publiques en étant le fer de lance pour atteindre les objectifs du développement social et économique», a-t-il encore ajouté.
Pour sa part, le président de la de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et du développement de la recherche (Forem), Mostafa Khiati, s’interroge sur la composante humaine de cette nouvelle institution, ses missions et le domaine d’intervention. «Selon le communiqué, il s’agit d’un organe consultatif auprès du Président, sur les problématiques sociales, économiques et autres. Cependant, il est à rappeler l’existence du Conseil national économique et social qui a presque les mêmes missions, notamment après les amendements intervenus qui permettent une composante humaine à 60% issus des associations. L’observatoire, par conséquent, peut s’occuper en premier rang des questions sociales. Au mieux, les deux structures peuvent coordonner leur travail pour le bien de tous», a soutenu le Pr Khiati. Evoquant la spécificité de cet organisme dans notre pays, qui n’a pas de pareil ailleurs, il se dit optimiste en estimant que «peut-être, il insufflera une vitalité dans le mouvement associatif». «Toutefois, par définition, la société civile est indépendante vis-à-vis du pouvoir politique à tous les niveaux. L’Observatoire est une innovation et nous ne pouvons avoir une idée précise sur ses prérogatives. A ce titre, j’appréhende l’accaparation de cette nouvelle institution par des associations qui se disent de masse», a-t-il ajouté. Abderrahmane Arar, président du forum civil pour le changement (FCC), a exprimé, de son côté, sa crainte quant à l’éventualité que  cette nouvelle institution soit prise d’assaut par les mêmes associations qui n’ont aucun ancrage parmi les populations et encore moins la culture du travail associatif. «Parmi 100.000 associations recensées, je pense que seulement 300 sont sérieuses et font des efforts pour porter la voix des personnes en difficulté ou s’investissent dans des causes qui touchent directement des catégories sociales. Le reste n’est visible que dans des occasions ou pour meubler le vide», a relevé Arar. « Nous souhaitons que l’Observatoire réponde à nos aspirations et prenne en compte les préoccupations de l’ensemble des associations, sans être encombré par des collectifs qui n’ont d’autres visées que d’œuvrer pour le bien de tous», a-t-il averti.  Selon lui, le travail associatif est un apprentissage et une pratique qui évoluent au fur et à mesure de l’investissement du terrain social.
Karima Dehiles