Marché hebdomadaire d’Azzefoun : Effluves ramadhanesques

 

A Azzefoun, ville côtière de la wilaya de Tizi Ouzou, le marché hebdomadaire, qui se tient tous les jeudis, grouille de monde, et ce, depuis toujours. Lieu incontournable pour les habitants de la ville et des villages alentours, voire même d’ailleurs, le Souk d’Azzefoun qui s’étale à l’air libre, principalement le long des trottoirs de la rue donnant vers le tribunal et le siège de l’APC, propose toutes sortes de marchandises. On y trouve quasiment de tout. Une juxtaposition de tables des deux côtés de la rue et qui débordent volontiers sur ses venelles perpendiculaires sont garnis de fruits et légumes, d’épices, de poissons, d’articles ménagers et richement achalandés de vêtements,  chaussures et autres accessoires de la téléphonie mobile ainsi que des bibelots de tous genres. Le Souk attire une nombreuse clientèle à l’affût des dernières denrées indispensables sur la table d’el iftar. En amont de la rue où il se tient et d’où on domine aussi du regard les lieux, on aperçoit une foule compacte, surtout en ce début de matinée. D’ailleurs, il est difficile à une voiture de la dévaler sans s’arrêter à chaque mètre pour s’y frayer un chemin, tant est si bien que les usagers de la route préfèrent souvent contourner l’endroit en se rabattant sur une autre rue. Même celle-ci semble débordée, dès lors que  ses accotements servent aussi d’aire de stationnement. Ici la mercuriale semble suivre la tendance nationale. «C’est bien connu, à mesure que le mois de carême approche, les prix s’agitent. Toutefois, les prix d’aujourd’hui n’ont pas connu de flambée exagérée. La pomme de terre par exemple est cédée à 65DA, tandis que l’aubergine à 80 DA», affirme un retraité rencontré dans la placette publique faisant face au siège de l’APC. «On ne prend qu’une petite marge bénéficiaire», jure un vendeur de fruits et légumes. Au demeurant, force est de constater que nombre de variétés de légumes et fruits sont taxés à 100DA, voire plus. «Les prix ont augmenté suite à la pression exercée sur l’offre. Il faut attendre le début de la deuxième semaine du mois de Ramadhan pour que les prix se tassent. Il a été toujours ainsi en pareille période»,  tente d’expliquer un client. Ramadhan oblige, les dattes tiennent la vedette. Leurs prix oscillent en moyenne entre 350 et 400 DA. La concurrence est manifestement rude entre les vendeurs où les astuces utilisées pour attirer les clients rivalisent en ingéniosité. Si certains commerçants optent pour une présentation  alléchante  de ce produit très apprécié, notamment au moment de la rupture du jeûne, les autres ont recours à  la magie du verbe. En ce sens, une scène a attiré les badauds. Alors qu’un vendeur propose la datte à 350 DA le kilo, son voisin direct qui la revend à 400 DA, n’arrête pas de tacler le premier en vantant la qualité supposée de sa marchandise. «Si vous achetez un kilo de datte chez-moi, vous allez en manger un kilo, tant sa qualité est supérieure», crie le commerçant qui propose la datte à 400 DA. «C’est une manière indirecte à lui de suggérer aux acheteurs que les dattes vendues à 350DA seraient de qualité inférieure par rapport à sa marchandise» remarque un client. Outre les dattes qui connaissent un engouement en ces moments, les vendeurs d’épices ont à priori eux aussi la cote. Devant leurs tables, les clients, attendent leur tour pour s’en approvisionner. «Les épices sont indispensables. Chaque année, je viens faire mes emplettes chez le même commerçant. Ses produits sont d’une excellentes qualité qu’on reconnaît immédiatement par leurs odeurs», confie une dame d’un âge vénérable. Et d’ajouter: «Je vais me rendre chez le vendeur d’articles ménagers pour acheter un service à eau. Ensuite, je vais me rendre directement à la maison. Mon fils s’occupera des autres achats.» Au fil du temps qui passe, le marché d’Azzefoun se vide peu à peu de ses hôtes. A 11h30, la foule qui l’a pris d’assaut en début de matinée n’est plus compacte. Les clients quittent, peu à peu les lieux, les bras chargés de provisions. Cependant, une phrase revient presque tout le temps :«Saha Ramdanek» (Bon Ramadhan) en l’occurrence qui ponctue les discussions partagées.

Amirouche Lebbal