Rencontre autour de l’écriture féminine : Trois écrivaines livrent leurs parcours

 

Lors du salon du livre organisé, du 8 au 10 avril dernier, à Ath Yanni, une rencontre avait réuni  trois  femmes qui ont, tour à tour, raconté et fait découvrir leur parcours singulier dans l’univers de l’écriture avant d’ inviter l’assistance à une incursion dans ce monde qui fascine et fait peur.

La  rencontre fut  modérée par Selma Hellal des éditions Barzakh. Sarah Haïder est écrivaine et journaliste, détentrice du prix Apulée en 2005 pour son premier roman en langue arabe Zanadika (apostats). Elle a ensuite publié, entre autres «Virgule en trombe» en 2013 puis La morsure du coquelicot en 2018.Selon elle, l’envie d’écrire remonte déjà à ses premiers contacts avec le livre en tant que grande lectrice. «L’envie est  née aussi de ma  fascination pour ces hommes et femmes qui manient le verbe», a-t-elle ajouté. «Dans ma culture,  nous avons toujours eu du respect pour ces ciseleurs de mots», confie-t-elle. Adolescente, elle s’essaiera à l’écriture et transcrit, en premier lieu, son vécu avant de laisser voguer son imaginaire, sous forme de textes sans pour autant prétendre à éditer un jour. C’est sous les encouragements insistants de son frère, lecteur vorace, qu’elle décide de franchir le seuil de l’édition avec son premier ouvrage Zandika. Depuis, elle nourrit une dépendance à l’écriture. Sa première publication fait naître en elle «un sentiment de vanité et d’orgueil, mais aussi d’agression, car je livrais au public quelque chose de très intime, bien que ce ne soit pas un récit autobiographique», avoue-t-elle. De ce premier roman naît entre Sarah Haïder et l’écriture une histoire d’amour qui la pousse à perfectionner son style et soigner son écriture, et consacre son énergie à travailler autant la forme que le contenu. Hadjer Bali, enseignante de mathématiques à l’université, débute en tant qu’auteur dans l’écriture théâtrale. Amoureuse du 4e art, elle  se passionne pour la création de dialogues. De cet exercice naît l’envie de passer à un style plus narratif, ce qui l’a menée petit à petit à la nouvelle. Frustrée par l’exigence du genre à concentrer et condenser son inspiration dans des textes courts,  Bali décide de franchir un autre pas dans le monde de l’écriture. La dernière halte fut la naissance de son roman «Écorces», paru en 2020 aux éditions Barzakh.
Passion  pour la poésie
Ouarda Baaziz Cherifi, quant à elle, a soutenu «écrire pour conjurer sa situation de femme évoluant dans une société rétrograde et conservatrice». L’écriture, a-t-elle souligné, a toujours été une manière de fuir cette dure réalité et également de consigner toutes les choses dont une femme souffre et rêve. «Je fais partie de ces femmes qui ne parlaient pas et j’ai subi ma condition de femme sans me révolter», rappelle-t-elle avant de proclamer que «l’écriture m’a libérée et m’a donnée de la voix que les autres m’ont refusée». C’est sur des bouts de papiers qu’elle écrira ses peurs, ses rêves et ses sentiments de femme soumise au dictat de la famille. Des bouts de papiers qu’elle garde jalousement cachés aux yeux des autres, notamment la gente masculine, qui ne comprendrait pas qu’une femme puisse s’adonner à cet exercice. Ouarda est de ces autrices qui conjuguent plusieurs formes d’écriture. Poétesse, nouvelliste et romancière, elle consacre son temps à ce que ses sœurs n’osent pas. Inspirées du vécu, le sien ou celui d’autres femmes, ses œuvres reflètent la révolte silencieuse de toutes celles dont la vie n’a été qu’un rêve non réalisé. Les  trois femmes partagent une immense passion pour  la poésie. Si pour Cherifi, «la versification a toujours été le début de l’écriture», les deux autres veillent toujours à lui accorder une place, à insérer dans leurs écritures et estiment que dans toute forme de texte la poésie est toujours présente, même si elle n’est pas exprimée franchement. C’est la poésie qui donne de la musicalité à la prose et met du beau dans les plus dures des histoires, s’accordent-elles à dire.
Hakim Metref