Tradition et évolution

La tradition est comme l’épice, elle donne de la saveur au présent insipide, du relief à l’écoulement monotone des jours indistincts, floutés par les contraintes permanentes qui ne laissent que de rares opportunités au commun des mortels d’apprécier la vie par tous ses sens et dans toute sa magnificence. C’est ainsi que bien avant que la date de son début ne soit encore connue, le Ramadhan s’instille dans tous les foyers où, parfois, c’est carrément le grand chambardement avec un nettoyage général et le non moins général renouvellement des ustensiles ménagers, etc. Les ancêtres nous ont laissé quelques traditions liées au Ramadhan et les Algériens s’efforcent de les respecter assez fidèlement : la chorba et le bourak, le qalb elouz et la zlabia sont toujours là, mais le jeu de la boqala n’a pu soutenir la concurrence et n’est plus qu’un vestige, une curiosité déterrée de temps à autre par quelques nostalgiques. Les traditions se perdent si on ne prend garde à préserver leur flamme. Ainsi, par exemple, en est-il de la tradition syndicale, vient rappeler Hassan qui se s’indignait que le bureau de poste ait baissé rideau pour cause de grève. Avant, les grévistes étaient sur les lieux de travail pour faire entendre leurs revendications. Aujourd’hui, ils ferment tout simplement la baraque et restent chez eux. «Heureusement que je suis passé la veille récupérer mon blé !», ricane Mohamed peu surpris de cet étrange habitus. Quelles traditions laisseront les Algériens d’aujourd’hui à leurs descendants ? La course au bidon d’huile, la chasse au sachet de lait, le jeu de la spéculation, le concours des ronflements, le championnat de polémiques stériles ? Gageons que les Algériens de demain sauront faire le bon choix et le meilleur tri de ce qu’on leur propose à l’héritage. Ils seront assez perspicaces pour ne pas respecter ces us bizarres venus se greffer à nos honorables coutumes, car ils seront bien plus intelligents que ceux d’aujourd’hui. Ce ne sera pas parce que l’école aura été réformée et qu’elle serait subitement devenue performante au point de produire à la pelle de géniaux citoyens. Non, c’est juste une question d’évolution … technologique. Avec les innovations en préparation dans les laboratoires qui façonnent l’avenir, l’intelligence artificielle sera disponible pour tous et viendra suppléer toutes les déficiences naturelles ou provoquées ! Avant son implantation dans l’homme, elle sera d’abord embarquée dans des robots qui s’occuperont de tout. Ils auront de plus en plus apparence humaine, au point qu’une polémique pourrait éclater un jour autour de l’obligation ou pas pour les robots de faire le Ramadhan ! Mais pas de panique, il y aura certainement un robot-imam pour délivrer la bonne fatwa !
O. M.