Commerce informel : Un phénomène en plein essor

Des vendeurs ambulants, des vendeurs de fruits et légumes stationnés à même l’asphalte et sur les trottoirs, des étals de fortune où sont exposés des produits alimentaires sous le soleil et dans des endroits insalubres font partie du décor de la vie quotidienne.

Ce phénomène qui présente un risque sur la santé publique et l’économie nationale prend des proportions alarmantes durant le mois de Ramadhan. Les ministres de l’Intérieur et du Commerce se sont fixé un objectif, celui de mettre un terme à l’informel, en vain. A ce propos, le président de l’Association de protection du consommateur, Al Aman, Hassan Menouar, estime que la part de l’informel dans le commerce national est devenue énorme, d’autant que cette activité s’est incrustée dans toutes les phases de la production en passant par la distribution, jusqu’à l’arrivée du produit chez le consommateur. «Ce que nous constatons sur les trottoirs, les autoroutes, ou à l’entrée des marchés et dans les espaces publics n’est que la partie émergée de l’iceberg. Des usines clandestines, des producteurs, distributeurs et commerçants activent dans l’ombre, sans respect aucun de la réglementation et des lois qui légifèrent le secteur. Les petits vendeurs à la sauvette ne saignent pas l’économie, ce sont pour la majorité des jeunes chômeurs qui ne demandent qu’à travailler et vivre dignement. Mais l’origine de ce fléau est à chercher ailleurs. Ce sont les gros poissons qui contrôlent le marché et les spéculateurs qui jonglent avec les prix et la disponibilité des produits de toutes natures », dénonce-t-il. Dans ce sillage, Menouar indique qu’il est facile d’accuser le simple consommateur de tous les maux dont souffre le secteur du commerce depuis plusieurs décennies. «Pour exemple, je m’interroge sur l’achat de plusieurs bidons d’huile de table par un travailleur qui perçoit un salaire de 20.000 ou 25.000 DA. Est-ce possible sachant que d’autres produits sont nécessaires ?», observe-t-il, invitant les autorités compétentes à prendre des décisions courageuses pour réglementer l’activité. En outre, il rappelle que certains commerçants s’approvisionnement notamment en viandes blanches et rouges dans des abattoirs clandestins, sans contrôle vétérinaire ou application de la chaîne de froid. «La gendarmerie et la sûreté nationales sont tenues de protéger le consommateur de ces pratiques dangereuses pour la sécurité sanitaire des citoyens. Il faut redoubler d’efforts pour débusquer les personnes qui activent dans ces endroits à l’ombre des regards. Le boucher du quartier possède certes un registre du commerce, mais l’origine de la marchandise n’a aucune traçabilité», explique-t-il. De son côté, le coordinateur national de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), Hazab Benchohra, déplore la décision prise par le ministère du Commerce d’ouvrir 1.500 marchés de proximité pour rapprocher le producteur du consommateur. «Cela est injuste envers les commerçants professionnels qui exercent ce métier depuis des lustres. Après la crise et l’arrêt de l’activité pendant plusieurs mois à cause de la pandémie, ces derniers temps, l’activité semble reprendre et le mois sacré permet de réaliser un bon chiffre d’affaires. Voilà que le ministère du Commerce nous surprend avec cette démarche qui causera la faillite des commerçants», regrette-t-il. Dans ce sens, il rappelle qu’il n’est pas soutenable de faire l’amalgame entre les commerçants et les petits vendeurs. «Ces derniers ne paient ni impôts, ni loyers, ni employés», rappelle-t-il.
Quelles solutions pour réglementer le commerce informel ?
Le président de l’Association nationale des commerçants algériens (Anca) pointe du doigt la hausse des charges fiscales. «L’Algérie compte parmi les pays dont le taux de fiscalité est le plus élevé. Pour se soustraire à tous ces frais, certains commerçants basculent dans l’informel sachant que leurs droits ne sont pas protégés», affirme-t-il. Hassan Menouar propose de multiplier les infrastructures pour installer ces jeunes dans des box et leur permettre de régulariser leur situation vis-à-vis de la loi. «Le chômage pousse les jeunes à activer dans ce domaine notamment durant le Ramadhan pour contribuer aux dépenses. Ils veulent gagner honnêtement leur vie et ce genre de structures commerciales réduit l’informel», suggère-t-il. Par ailleurs, nos interlocuteurs sont unanimes à l’encouragement du payement électronique. «De fait, ces vendeurs clandestins seront dans l’obligation de se conformer à la loi ou de changer d’activité. Pour les marchés de gros, la facturation demeure le parent pauvre. D’ailleurs, la crise de l’huile de table est due à l’exigence de la facture aux grossistes et détaillants qui disent qu’ils n’ont rien à gagner dans ce produit», soutient Benchohra. En attendant la réglementation de ce secteur à travers une démarche étudiée et la lutte contre les spéculateurs et les barons de l’agroalimentaire, le consommateur est ballottée entre la hausse des prix et les risques de rupture de stock de certains produits de première nécessité.
Karima Dehiles