Education nationale : Les syndicats divisés sur la gestion des œuvres sociales

S’il est un sujet polémique par excellence, c’est celui des œuvres sociales de l’éducation nationale. Les syndicats du secteur se sont entendus pour ne jamais s’entendre sur le mode de gestion. Ils sont partagés entre centralisation et décentralisation.

Les partisans de cette dernière évoquent, pour défendre le bien-fondé de leurs arguments, le décret présidentiel 82-303 du 11 septembre 1982, stipulant que «la gestion des œuvres sociales est assurée par les travailleurs de l’organisme employeur, par l’intermédiaire de leurs représentants et dans le cadre d’organes et de structures créés à cet effet».
Le secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), Boualem Amoura, s’interroge : «Pourquoi la gestion de toutes les commissions des œuvres sociales de différents secteurs de la Fonction publique est-elle confiée aux différentes institutions suivant un mode de gestion décentralisé, à l’exception de l’Education ?»  Selon lui, il y a une mauvaise gestion et des détournements qui profitent à des personnes étrangères au secteur. Pour mieux illustrer cette situation, le syndicaliste a révélé que 27 ex-présidents de commissions de wilaya du temps de la Centrale syndicale sont devant la justice pour dilapidation et détournement de deniers publics. Dans ce sillage, il a rappelé que, de 1994 à 2010, c’était l’UGTA qui assurait la gestion du dossier avant que les syndicats autonomes ne prennent le relais, à compter de 2011.
Le SG du Satef a regretté que beaucoup d’argent ait été dépensé inutilement au détriment des besoins réels, notamment médicaux, du personnel du secteur. «Avec cette manne financière, nous aurions pu construire des unités de soins et des logements», soutient-il.
Prime Covid-19 : aucun fonctionnaire ne l’a reçue
Dans l’objectif de contribuer à la réduction de la facture des soins, le président de la Commission nationale des œuvres sociales des travailleurs de l’éducation a pris la mesure d’instaurer des primes et des indemnités de 50.000 DA au profit des enseignants et des fonctionnaires testés positifs à la Covid-19. Boualem Amoura a révélé qu’à la date de 26 décembre 2020, 20.000 dossiers ont été déposés au niveau de la commission. Il a affirmé qu’au jour d’aujourd’hui, aucun fonctionnaire n’a reçu cette indemnité.
Le secrétaire général du Conseil des enseignants des lycées d’Algérie (Cela), Zoubir Rouina, abonde dans le même sens, estimant que la commission a commis une erreur monumentale en annonçant l’instauration de la  prime avant de faire machine arrière, en se rendant compte de l’impossibilité de la chose vu le nombre important de dossiers, avoisinant les 20.000.
Abordant les dernières élections, le syndicaliste a regretté que le ministère de l’Education ait cautionné la gestion centralisée même si celle-ci n’assure pas, selon lui, la transparence et ne garantit nullement le principe de la solidarité «comme certains tentent de le faire croire aux travailleurs». Pour lui, il aurait été plus judicieux d’organiser un nouveau vote après celui de 2011 pour trancher définitivement le mode de gestion.
A contrario, le Cnapeste et l’Unpef sont favorables à la centralisation. «Le mode de gestion centralisé permet de préserver le principe de solidarité entre les travailleurs et évitera l’émiettement du fonds», soutient le porte-parole du Cnapeste, Messaoud Boudiba.
Les élections des commissions de wilaya des œuvres sociales de l’éducation nationale ont été entamées dernièrement avec la désignation de représentants de chaque établissement des trois paliers ouvrant la voie à l’installation de commissions de wilaya. Une fois celles-ci installées, ce qui devrait se faire avant la fin du mois, il sera question d’élire la commission nationale pour un mandat de trois ans. Le montant du fonds est estimé à plus de 1.000 milliards de centimes par an. Un pactole qui attise les convoitises.
Amokrane H.